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Les assignations sociales genrées et leurs implications sur l’égalité des sexes
OFM Edition 150

Les assignations sociales genrées et leurs implications sur l’égalité des sexes

Author:

Amida Kariburyo

Article Type:
NOUVELLES

Article Number: 7

Le présent article est un compte rendu du webinaire organisé par l’Observateur du Fonds mondial/Aidspan le 29 mai 2023. Il s’agissait d’une occasion pour l’intervenante Patricia Vasseur de montrer comment historiquement les assignations sociales genrées ont conduit à l’inégalité de sexes. Tout en pointant les conséquences d’une telle situation, elle s’est également attachée à suggérer des solutions.

D’entrée de jeu, l’intervenante a souligné que le genre influence de manière déterminante tout système sociétal (professionnel, domestique, social, etc.).

Qu’est-ce que le genre?

Le genre, dit Patricia Vasseur, est un élément constitutif des relations sociales basé sur la perception des différences entre les sexes. Il définit les rapports entre les hommes et les femmes, lesquels rapports :

  • se fondent sur un rapport de domination lié au sexe ;
  • s’élaborent en normes sociales ;
  • définissent des convenances, codifient l’ordre moral et régulent les comportements.

Au cours de sa présentation, elle a mis en évidence les multiples inégalités auxquelles sont confrontées les femmes, en l’occurrence, les inégalités sociales, économiques, politiques, ainsi que les inégalités dans l’accès à la santé, à l’éducation et au travail. Elle a montré comment les inégalités de genre sont renforcées par d’autres facteurs tels que l’âge, l’appartenance ethnique, le handicap, l’orientation sexuelle et la résidence en zone rurale ou urbaine.

Genre : un incontournable de la vie ordinaire

Elaboration des stéréotypes de genre

Des caractéristiques assignées au sexe

Lors de sa présentation, l’intervenante a mis en évidence les stéréotypes de genre et les normes sociales qui limitent les choix et les opportunités des femmes et les comportements sociaux extrêmes (violence, exclusion et marginalisation) auxquels elles sont  constamment exposés.

Plus spécifiquement, il existe, selon l’intervenante, des attributs /forte pression sociale qui limitent les choix et les opportunités des femmes et porte atteinte à leur liberté et leurs droits fondamentaux par exemple:

  • Un homme public est plus fréquentable qu’une femme publique (H/f)
  • Un homme en colère est justifiable, il a une bonne raison
  • Une femme en colère signe son incapacité à se maitriser, « l’hystérique »

Ces stéréotypes sont donc conformes aux manières spécifiques de faire les choses que les gens associent au genre.

Ces différenciations sont perçues comme des conséquences biologiques naturelles et considérées comme acquises.

Des normes sociales et culturelles

Selon l’intervenante, les différences systématiques entre les hommes et les femmes ne sont pas le résultat d’un déterminisme biologique, mais d’une construction sociale. Ainsi les rôles sociaux et les pratiques culturelles attribués aux femmes sont examinés, en mettant en évidence les nombreuses responsabilités qui leur sont confiées.

  • À nourrir, éduquer, soigner, gérer le foyer, cultiver sans être propriétaire des terres,
  • À avoir une activité professionnelle tout en assurant le bon fonctionnement du foyer,
  • À procréer jeune tout en étudiant,
  • À moins alphabétiser les filles que les garçons…
  • À rendre la femme responsable des malheurs du foyer…

En fait, le genre s’articule en deux pôles à savoir :

  • Une réalité empirique observable de division et de hiérarchisation qui organise le monde social de façon binaire : des hommes d’un côté et des femmes de l’autre
  • Un concept qui analyseles conséquences scientifiques et politiques de la catégorisation et des normes sociales liées au sexe ainsi que le processus culturel et historique de la construction des différences et des inégalités.

 Théorie du genre : un outil

Il a été précisé lors de la présentation que le genre n’est pas une idéologie, mais plutôt:

  • un outil d’analyse des constructions et des représentations sociales.
  • un instrument de recherche académique sur les rapports de domination et de pouvoir.

Le genre comme un outil d’analyse critique et d’action … Une politique

 

Ici le concept de genre est présenté comme un outil d’analyse critique et d’action, utilisé pour déconstruire la binarité des genres et remettre en question les normes sociales et les relations de pouvoir fondées sur le genre. Dans sa présentation, l’intervenante a souligné l’importance de prendre en compte les questions de genre dans toutes les institutions, et a mis en évidence certains domaines spécifiques tels que le monde professionnel, la santé et l’environnement.

Une prégnance politique du genre au sein des États et ses revers : Un point de vigilance

Genre et monde du travail : un paradoxe

Sur le plan le professionnel, les inégalités et les discriminations auxquelles les femmes sont confrontées, telles que les choix de carrière limités, les risques de harcèlement et les obstacles à l’avancement professionnel ont été soulignés.

Sur le plan de la santé, l’intervenante a mis en évidence les inégalités de santé liées au genre, en soulignant les comportements socialement normatifs et les relations de pouvoir qui limitent l’accès des femmes aux services de santé. Elle a également pointé les processus croisés de stigmatisation et de discrimination auxquels sont confrontés les individus en fonction de leur âge, de leur appartenance ethnique, de leur statut social, de leur pauvreté, de leur alphabétisation, de leur handicap, de leur orientation sexuelle et de leur type de pathologie (maladie cardiovasculaire, tuberculose, VIH, etc.). Les inégalités en matière de santé sont influencées par le sexe du patient (homme ou femme).

Selon Patricia Vasseur, le genre a été identifié comme un déterminant des inégalités de santé, avec des rôles et des comportements sociaux normatifs qui affectent la santé. Par exemple, les comportements associés à la masculinité peuvent exposer les hommes à des risques plus élevés, tels que les accidents de la route, le tabagisme et la consommation excessive d’alcool, ce qui contribue à réduire l’espérance de vie des hommes.

Les rapports de force entre les sexes peuvent également limiter l’accès des femmes aux services de santé et à l’argent du ménage consacré à la santé. Les hommes qui travaillent peuvent avoir des difficultés à se rendre dans les centres de santé pendant les heures de travail, et il existe une réticence sociale à se faire soigner, car la masculinité est souvent associée à la force et à la non-vulnérabilité.

Genre et Covid 19 : les femmes les plus touchées par la pandémie

Au cours de la présentation, il a été indiqué que les femmes ont été les plus touchées que les hommes par la pandémie  de COVID-19.

Genre et Santé reproductive : champs couverts

Dans le domaine de la santé reproductive, les inégalités entre les sexes sont particulièrement marquées, notamment en ce qui concerne la régulation des naissances et la maternité. Les femmes peuvent être confrontées à de multiples formes de violence, telles que le mariage des enfants, les grossesses précoces et les mutilations génitales féminines.

Le genre est plus marqué dans le domaine de la régulation des naissances et de maternité à savoir la manifestation de Violences multiples/cumulées (≠VBG : excision/grossesses précoces, mariages d’enfants, fistules vésicovaginales…) qui se manifeste sous plusieurs forme:

  • Verbale: insulte, mépris, moquerie
  • Physique: soufflet
  • Psychique : Ignorance, racket , cadeau contraint
  • Non respect de confidentialité

L’intervenante a précisé que les professionnels de la santé, et les femmes en particulier, peuvent jouer un rôle dans la réponse à ces problèmes, mais des obstacles tels que des soins qui ne respectent pas les droits humains, et l’impuissance émotionnelle et technique à guérir, peuvent empêcher une prise en charge appropriée.

Elle a aussi mis l’accent sur les multiples façons dont le genre influence la santé, en soulignant les inégalités et les discriminations liées au genre auxquelles les individus sont confrontés dans les systèmes de santé, ainsi que les liens entre le genre, la santé reproductive et l’environnement.

Genre et environnement  – Domaines thématiques 

Au cours de sa présentation, Patricia Vasseur a également abordé le lien entre le genre et l’environnement, en soulignant l’importance de l’autonomisation des femmes dans la lutte contre le changement climatique et la protection de l’environnement.

Les femmes sont souvent touchées de manière disproportionnée par les effets des catastrophes naturelles et du changement climatique, en raison de leur dépendance à l’égard des ressources naturelles, de l’inégalité d’accès à ces ressources, de leur mobilité limitée et de leur pouvoir de décision. Selon elle, les femmes font partie des solutions. Il faut les impliquer dans les politiques et les processus de projets environnementaux ,car elles sont plus sensibles aux besoins des communautés que les hommes.

Quels sont les changements à apporter ?

L’intervenante du webinaire a abordé la question du changement dans la pratique professionnelle du point de vue de l’égalité entre les hommes et les femmes. Elle a souligné l’importance d’identifier les discriminations et les comportements abusifs sur le lieu de travail, ainsi que les mécanismes et les normes sociales qui les sous-tendent. Elle a mis en évidence les processus insidieux et inconscients par lesquels les normes de genre sont construites et enracinées dès l’éducation scolaire.

Dans sa présentation, elle s’est aussi concentrée sur le cas des sages-femmes dans le domaine de la santé sexuelle et génésique, en soulignant la violence sexiste dont elles peuvent souffrir elles-mêmes et qu’elles peuvent perpétrer sur leurs patientes.

Elle a ensuite proposé une approche sexospécifique de l’équité dans les projets de développement, visant à réduire les inégalités entre les hommes et les femmes en tenant compte de leurs besoins spécifiques. Elle a terminé sa présentation en présentant des exemples de transversalité du genre et suggéré des stratégies pour promouvoir le changement, tels que la formation, le suivi des changements et la modification des postures professionnelles.

Elle a recommandé également la construction d’indicateurs de changement pour évaluer les actions entreprises, en insistant sur l’optimisme quant à la possibilité de changer les perceptions et les comportements, l’importance d’une transformation profonde basée sur l’acquisition de connaissances, la professionnalisation et la réflexion éthique.

À la fin de sa présentation, l’intervenante a proposé une approche globale de la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes, en identifiant les actions nécessaires.  Voici les principaux points soulevés :

  • Développer un autre regard sur les femmes qui

tend vers une reconnaissance de leurs capacités multiples ;

  • Intégrer les femmes à la vie active et aux prises de décision dans les organes de gouvernance au même titre que les hommes ;
  • Renforcer la formation de base à l’approche genre dans les écoles de santé et autres écoles de formations non sanitaires, commerciales, administratives, économiques (compta, ingénierie …), formation à la communication ;
  • Former les acteurs des organes de gouvernance de façon participative (analyse de situation, démarche de travail réflexif sur sa pratique) ;
  • Élaborer et consolider des indicateurs de genre pour surveiller et évaluer les actions proposées ;
  • Plaidoyers et messages de communication communautaires pour sensibiliser la population sur l’aspect genre, et tous les responsables des services en dehors de la santé ;
  • Amener les associations villageoises féminines à collaborer ;
  • Assurer un environnement favorable pour permettre aux femmes ou aux filles d’être en sécurité pour travailler ou étudier ;
  • Travailler avec les hommes

Elle suggère également de s’appuyer sur la théorie du changement des comportements  :

  • Construire des indicateurs de changements « LES 4R » à savoir
  • R1 – Représentation : comment les femmes et les hommes sont représenté·e·s / impliqué·e·s ?
  • R2 – Ressources : quelle est la distribution des ressources en fonction du genre ?
  • R3 – Realia (normes) : quelles représentations sur le genre influencent cette distribution ?
  • R4 – Réalisation : quelles actions et mesures pour atteindre les objectifs d’égalité de genre ?

Elle a achevé sa présentation en insistant sur le fait que la culture n’est pas statique et qu’il est possible de transformer les postures, les représentations et les comportements en allouant des ressources, en formant, en contrôlant et en évaluant les actions. Le changement de perception est en cours et la transformation des sensibilités nécessite du temps et de la persévérance, dira-t-elle. La réflexion éthique, l’acquisition de connaissances fondamentales et la professionnalisation socialisante sont indispensables pour parvenir à une transformation des mœurs et des relations civiles.

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