OFM Edition 186, Article Number: 2
ABSTRACT
Cet article analyse la 8e reconstitution des ressources du Fonds mondial, qui n’a pas atteint son objectif financier, comme un révélateur de la fragilisation de la solidarité internationale tout en montrant que les montants mobilisés restent décisifs, notamment pour l’Afrique, épicentre des trois maladies. Il souligne les risques concrets d’un sous-financement pour les programmes VIH, tuberculose et paludisme, mais aussi les opportunités d’en faire un levier de réorientation stratégique en protégeant les fonctions essentielles, en renforçant les systèmes nationaux et en donnant plus de poids politique aux acteurs africains.
Un lendemain de sommet qui ne dissipe pas les inquiétudes
Au terme de la 8e conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial, tenue le 21 novembre 2025 à Johannesburg en marge du sommet du G20 et co-présidée par l’Afrique du Sud et le Royaume-Uni, un chiffre s’impose : 11,34 milliards de dollars américains de promesses, pour un objectif fixé à 18 milliards. L’écart est considérable. Le Fonds mondial avait déjà prévenu, dans son Investment Case pour 2027–2029, que 18 milliards ne couvriraient plus l’ensemble des besoins, estimés en hausse d’environ 8 % par rapport au cycle précédent. Ne pas atteindre ce seuil, c’est donc entrer dans le prochain cycle en dessous du minimum que le Fonds lui-même juge nécessaire pour maintenir la trajectoire de recul des trois maladies.
Cette fragilité est confirmée par le Rapport sur les résultats 2025, qui rappelle que, depuis 2002, les investissements du Fonds ont permis de sauver plus de 70 millions de vies et de réduire de 63 % le taux de mortalité combiné du VIH, de la tuberculose et du paludisme dans les pays où il investit (Figure 1). Mais le même rapport souligne que ce progrès est désormais menacé par une « crise du financement international » : contraction de l’aide publique au développement, multiplication des crises concurrentes, tensions budgétaires dans presque toutes les grandes économies. Autrement dit, la 8e reconstitution ne sanctionne pas seulement un « manque de générosité conjoncturel », elle révèle un changement structurel de l’environnement dans lequel le Fonds mondial doit désormais opérer.
Figure 1: Programmatic Results At a Glance

Source : Fonds mondial
Le communiqué officiel du Fonds insiste sur « l’unité » et la « résolution » des partenaires, saluant un résultat obtenu dans « l’une des années géopolitiques et économiques les plus turbulentes de mémoire récente ». Mais derrière ce langage nécessairement diplomatique, deux réalités coexistent : d’un côté, un noyau dur de pays et de partenaires privés qui maintiennent (et parfois augmentent) leurs contributions ; de l’autre, un nombre croissant de grands donateurs qui réduisent la voilure ou reportent leurs engagements, laissant planer une incertitude durable sur les perspectives de financement au-delà des 11,34 milliards annoncés à Johannesburg.
Où en est la mobilisation au lendemain de la 8e reconstitution ?
Avec 11,34 milliards de dollars consolidés au soir du 21 novembre, la 8e reconstitution se situe nettement en dessous de la cible de 18 milliards, et même en retrait par rapport aux 15,7 milliards annoncés lors de la 7e reconstitution en 2022. Ce résultat est toutefois partiel : le Fonds souligne lui-même que “plusieurs donateurs n’ont pas encore confirmé leurs promesses” et que la mobilisation va se poursuivre. Des acteurs majeurs comme la France, le Japon et la Commission européenne n’ont pas encore annoncé de contribution chiffrée ; la France, en particulier, a indiqué que son soutien au Fonds « demeure inchangé », mais que sa promesse ne pourra être formellement confirmée qu’au mois de décembre. Cette zone grise est à la fois un risque et une opportunité : elle entretient l’incertitude, mais laisse ouverte la possibilité de rehausser le total au-delà des 11,34 milliards.
Du côté des signaux positifs, la conférence de Johannesburg confirme le rôle central de certains piliers historiques. Les États-Unis restent, de loin, le premier bailleur, avec une promesse de 4,6 milliards de dollars, assortie du maintien du mécanisme bien connu de « matching » 1:2 (un dollar américain pour deux dollars de donateurs tiers). Cette contribution est en baisse par rapport aux 6 milliards promis en 2022, mais, dans un contexte de repli américain sur plusieurs organisations multilatérales, elle est aussi interprétée comme la confirmation que le Fonds reste l’un des rares instruments multilatéraux jugés compatibles avec la nouvelle doctrine “America First” en santé mondiale. Le Royaume-Uni, co-hôte du Sommet, annonce pour sa part 850 millions de livres, confirmant une trajectoire de baisse par rapport aux cycles précédents, mais réaffirmant le Fonds comme « investissement stratégique en sécurité sanitaire et en croissance économique », selon les termes du Premier ministre Keir Starmer. L’Allemagne confirme une promesse de 1 milliard d’euros, le Canada 1,02 milliard de dollars canadiens. Plusieurs donateurs européens de taille moyenne ont, eux, sensiblement augmenté leur mise. La Norvège a été le premier pays à annoncer une promesse pour la 8e reconstitution, avec 2 milliards de couronnes norvégiennes (NOK) – confirmant une continuité très forte avec ses cycles précédents et sa position de bailleur le plus généreux par habitant. L’Espagne s’est engagée à hauteur de 145 millions d’euros, soit une augmentation de plus de 11 % par rapport à sa promesse pour la 7e reconstitution. Le Luxembourg a fait de même avec 13,8 millions d’euros, soit une hausse d’environ 20 %. Le Danemark (375 millions de DKK), la Suisse (64 millions de CHF) et le Portugal (1,5 million d’euros) ont également annoncé des engagements précoces.
En Afrique, le geste est autant politique que financier : l’Afrique du Sud annonce une contribution de 36,6 millions de dollars, issue d’un engagement conjoint public-privé, avec une part gouvernementale plus que doublée par rapport à la précédente reconstitution, et un apport du secteur privé d’environ 10 millions de dollars. Au total, plusieurs pays africains contributeurs et bénéficiaires cumulent 51,6 millions de promesses, illustrant l’affirmation progressive du continent comme co-investisseur plutôt que simple « bénéficiaire ».
Le secteur privé, enfin, consolide sa montée en puissance. La Fondation Gates annonce 912 millions de dollars, la Children’s Investment Fund Foundation (CIFF) 135 millions supplémentaires, (RED) 75 millions, et d’autres partenaires privés apportent au total 201,85 millions de dollars. Combinés, ces engagements portent les promesses du secteur privé et des fondations à 1,34 milliard de dollars pour la 8e reconstitution. C’est un signe important de confiance dans la capacité du Fonds à déployer, à grande échelle, des innovations telles que la PrEP injectable à longue durée d’action, les diagnostics moléculaires à bas coût pour la tuberculose ou les moustiquaires à double insecticide pour le paludisme.
Mais ces bonnes nouvelles ne doivent pas masquer la réalité : même si, dans les prochains mois, des acteurs comme la France, le Japon ou la Commission européenne viennent s’ajouter au tableau, il sera très difficile de combler intégralement les 6,7 milliards qui manquent pour atteindre la cible de 18 milliards. La 8e reconstitution confirme ainsi que le temps où l’on pouvait espérer « rattraper » les objectifs à coups de promesses de dernière minute est largement révolu.
Ce que révèle la comparaison avec les cycles précédents
Pour mesurer la portée de ce résultat, il faut le replacer dans l’histoire des reconstitutions.. En 2019, la 6e reconstitution à Lyon avait atteint, presque au dernier moment, son objectif de 14,02 milliards de dollars – un succès salué comme “la plus grande levée de fonds jamais réalisée pour une organisation de santé multilatérale”. Cette victoire avait permis d’affirmer que, malgré des tensions géopolitiques croissantes, la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme restait un bien public planétaire suffisamment consensuel pour mobiliser les budgets.
Trois ans plus tard, la 7e reconstitution a introduit une rupture discrète mais lourde de conséquences. Le Fonds mondial avait déjà demandé 18 milliards de dollars pour 2024-2026, arguant qu’un tel niveau de financement permettrait de sauver 20 millions de vies supplémentaires et de réduire les décès liés aux trois maladies de 64 %. Le résultat fut paradoxal : record absolu de promesses (15,7 milliards), mais échec à atteindre la cible, comme l’a reconnu la décision du Conseil d’administration en novembre 2022 qui saluait un “résultat historique” tout en constatant l’écart avec les besoins.
La 8e reconstitution pousse ce paradoxe un cran plus loin. D’un côté, l’Investment Case (Figure 2) publié en février 2025 souligne que 18 milliards de dollars permettraient de sauver 23 millions de vies entre 2027 et 2029, de réduire de 64 % la mortalité combinée par rapport à 2023 et de prévenir 400 millions d’infections supplémentaires (Figure 3).
Figure 2 : Overall resource needs and projected available resources for HIV, TB and malaria

Figure 3 : Investment Case results for HIV, TB and malaria

De l’autre, le résultat financier – 11,34 milliards pour l’instant – place le Fonds devant une réalité arithmétique brutale : même en tenant compte de la poursuite de la mobilisation et de compléments ultérieurs, il lui sera impossible de financer toutes les priorités qu’il juge lui-même indispensables. La séquence 6e–7e–8e reconstitution raconte donc une histoire simple : l’ambition reste élevée sur le papier, mais la capacité politique à la financer s’érode.
Cette érosion s’inscrit dans une recomposition plus large de l’aide publique au développement. Les projections pour 2025 évoquées par plusieurs analyses indiquent des baisses de 30 à 40 % de certains flux d’aide dédiés aux trois maladies par rapport à 2023, sous l’effet combiné des guerres, des crises climatiques, de la pression migratoire et des arbitrages budgétaires internes. Dans ce contexte, la décision du Fonds, en juillet 2025, de réduire de 1,43 milliard de dollars les financements déjà alloués pour le cycle 2024–2026 – soit environ 11 % des montants initialement engagés apparaissait comme un signal d’alarme : même avant la 8e reconstitution, le système avait déjà commencé à « gérer la pénurie » en coupant dans des programmes existants.
À cela s’ajoute un glissement progressif des priorités politiques. La sécurité sanitaire, la préparation aux pandémies, la lutte contre le changement climatique et, plus récemment, la sécurité énergétique et militaire absorbent une part croissante de l’attention et des budgets. Le Fonds mondial n’est pas exclu de ces nouvelles grilles de lecture – il se positionne d’ailleurs de plus en plus explicitement comme acteur de la sécurité sanitaire mondiale et du renforcement des systèmes de santé – mais il doit désormais faire valoir sa pertinence dans un environnement saturé de demandes concurrentes. La 8e reconstitution montre que cet argumentaire fonctionne encore partiellement, mais plus difficilement qu’auparavant.
Ce que cela change concrètement pour l’Afrique
C’est en Afrique, et singulièrement en Afrique subsaharienne, que les conséquences d’une reconstitution insuffisante seront les plus tangibles. C’est là que le poids épidémiologique des trois maladies est le plus lourd, et là aussi que la dépendance au Fonds mondial est la plus marquée. Car de nombreux pays opèrent font partie de ce qu’on qualifie dans le jargon du Fonds mondial de « contextes d’intervention difficiles ».
Pour le paludisme, le constat est implacable : l’Afrique concentre environ 94 % des cas mondiaux et 95 % des décès en 2023, selon le Rapport mondial sur le paludisme 2024 de l’OMS. Dans les seuls États membres de l’Union africaine, on estime à 251 millions le nombre de cas et à plus de 579 000 le nombre de décès, dont 76 % chez des enfants de moins de cinq ans. Le Fonds mondial, qui fournit 59 % de tout le financement international pour les programmes paludisme, est tout simplement l’ossature externe de la lutte dans la plupart des pays africains.
Pour le VIH, à en croire les chiffres d’ONUSIDA, l’épicentre demeure également en Afrique. En 2024, chaque semaine, 4 000 adolescentes et jeunes femmes (15-24 ans) ont été infectées par le VIH, dont 3 300 en Afrique subsaharienne. Les femmes et les filles représentent 63 % des nouvelles infections dans la région. Dans de nombreux pays africains à forte charge de morbidité, le Fonds mondial finance une part substantielle des programmes de prévention, de dépistage et de traitement, aux côtés de PEPFAR et d’autres mécanismes.
Enfin, la tuberculose reste l’une des maladies infectieuses les plus meurtrières au monde, avec environ 1,25 million de décès en 2023, selon l’OMS. Le Fonds mondial est le principal bailleur de la réponse à la TB dans les pays à revenu faible et intermédiaire et soutient 76 % de la réponse internationale pour la tuberculose, comme le souligne MSF.
Au-delà des produits et des chiffres, ce sont les systèmes qui vacillent. Les coupes décidées en 2025 sur des subventions déjà accordées ont montré que les premiers postes affectés sont souvent les systèmes communautaires et les coûts “de support” – formation, supervision, systèmes d’information, renforcement de la gestion publique – parce qu’ils sont perçus comme fongibles. Or, ce sont précisément ces investissements qui permettent aux pays africains, notamment francophones, de construire une souveraineté sanitaire réelle : des systèmes de gestion des finances publiques robustes, des dispositifs de suivi-évaluation intégrés, des systèmes d’information harmonisés et des réseaux de communautés capables de jouer un rôle de garde-fou.
Entre désillusion et opportunité : que faire maintenant ?
Le principal enseignement de cette 8e reconstitution est double. D’un côté, le résultat de 11,34 milliards de dollars confirme que la phase d’expansion continue des financements multilatéraux pour le VIH, la tuberculose et le paludisme est terminée ; la solidarité internationale, telle qu’on l’a connue à l’ère des grandes initiatives VIH, est désormais sous tension. De l’autre, ce montant – qui reste de l’ordre de plusieurs dizaines de milliards sur trois ans une fois les contributions additionnelles et les compléments attendus des grands absents intégrés – montre qu’un socle solide de partenaires refuse de tourner la page sur les trois maladies.
Pour l’Afrique trois lignes de force se dégagent :
1) Protéger l’essentiel : dans un environnement de rareté, la première responsabilité des acteurs africains – gouvernements, ICN, société civile – sera de veiller à ce que les arbitrages imposés par le sous-financement ne se fassent pas au détriment des fonctions vitales : produits de santé essentiels, ressources humaines en première ligne, systèmes communautaires, dispositifs de suivi-évaluation et d’information sanitaire. Cela suppose de résister à la tentation de couper d’abord dans le « communautaire » ou le « systémique », parce que ces lignes sont politiquement moins visibles.
2) Ancrer les financements dans les systèmes nationaux : la dynamique engagée par le Fonds pour travailler davantage avec les systèmes nationaux de gestion des finances publiques prend une dimension nouvelle dans ce contexte. Si chaque dollar devient plus rare, son impact dépendra de la capacité des États à absorber, tracer et utiliser efficacement les ressources, plutôt que de multiplier les dispositifs parallèles. Le « reset » d’Accra, les expérimentations autour de l’intégration aux systèmes nationaux d’audit et de contrôle, ou les initiatives conjointes avec l’Union africaine doivent être vus non comme des luxes technocratiques, mais comme des conditions de survie de la solidarité multilatérale.
3) Construire des coalitions politiques plus larges autour du Fonds : enfin, l’Afrique ne peut plus se contenter de plaider en tant que « bénéficiaire »; elle doit apparaître clairement comme co-architecte de la mobilisation. La tenue de la 8e reconstitution sur le continent, la participation active de plusieurs chefs d’État africains, les contributions – certes modestes mais symboliquement puissantes – de pays à revenu faible ou intermédiaire, constituent des points d’appui. Mais il reste à traduire cette présence politique en une capacité réelle à influencer les débats budgétaires dans les capitales du Nord, y compris en articulant davantage les arguments en faveur du Fonds aux enjeux de sécurité sanitaire, de stabilité économique et de justice climatique.
Plus largement, un risque structurel se profile pour la durabilité des programmes en Afrique : la fragmentation des politiques de cofinancement. Si l’augmentation du financement domestique est légitimement encouragée par l’ensemble des partenaires - du Fonds mondial à Gavi, des États-Unis aux bailleurs européens - l’absence d’un véritable alignement entre eux génère en revanche une pression difficilement soutenable pour les pays.
Chaque bailleur formule ses propres exigences, souvent sans concertation préalable, sans associer suffisamment les ministères des Finances et sans s’inscrire dans les cadres de dépenses à moyen terme (CDMT) ni dans les processus nationaux de budgétisation. Or, ces politiques de cofinancement sont censées porter une vision macroéconomique d’ensemble. En pratique, leur manque de cohérence crée une superposition d’injonctions parfois divergentes.
Dans un contexte de marges budgétaires limitées, cette situation peut conduire à des trajectoires de durabilité irréalistes, voire à un véritable « échec planifié ». Il devient dès lors impératif d’engager un dialogue structuré entre bailleurs et gouvernements, afin d’harmoniser les attentes, de tenir compte des capacités financières réelles des pays et de bâtir des trajectoires pluriannuelles crédibles, capables de consolider - plutôt que de fragiliser - les acquis des réponses au VIH, à la tuberculose, au paludisme et au renforcement des systèmes de santé.
En guise de conclusion : une solidarité à reconquérir
Au lendemain de la 8e reconstitution, le constat est lucide : la communauté internationale n’a pas – pour l’instant – répondu à la hauteur des besoins chiffrés par l’Investment Case du Fonds mondial. Les 11,34 milliards promis à Johannesburg symbolisent une solidarité internationale qui résiste, mais qui se contracte. Le fait que des acteurs majeurs comme la France, le Japon ou la Commission européenne n’aient pas encore annoncé leurs contributions définitives souligne à la fois l’ampleur du risque et la marge de manœuvre restante : le résultat final n’est pas figé, mais il sera difficilement aligné sur la cible de 18 milliards.
Pour autant, parler d’échec serait trompeur. Tant que les ressources mobilisées – même en deçà des objectifs – sont utilisées pour protéger l’essentiel, pour consolider les systèmes publics et pour soutenir les communautés en première ligne, elles peuvent continuer de sauver des millions de vies et d’éviter une résurgence massive des trois maladies. À l’inverse, si les coupes budgétaires se contentent d’être réparties au fil de mécanismes technocratiques, sans vision politique claire et sans réel dialogue avec les pays et les communautés, l’Afrique risque de payer à double : en vies perdues et en souveraineté compromise.
La 8e reconstitution n’est donc ni un succès triomphal, ni un désastre absolu. Elle est un test : celui de notre capacité collective à faire mieux avec moins, à redéfinir la solidarité internationale non seulement en termes de montants, mais aussi en termes de gouvernance, de confiance et de partage du pouvoir. Pour les pays africains, la question est désormais de savoir comment transformer ces 11,34 milliards – et les compléments qui viendront – en un levier de renforcement durable des systèmes de santé et de souveraineté sanitaire, plutôt qu’en simple perfusion sous tension. C’est là que se jouera, dans les prochaines années, l’avenir réel du combat contre le VIH, la tuberculose et le paludisme sur le continent.
Un lendemain de sommet qui ne dissipe pas les inquiétudes
Au terme de la 8e conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial, tenue le 21 novembre 2025 à Johannesburg en marge du sommet du G20 et co-présidée par l’Afrique du Sud et le Royaume-Uni, un chiffre s’impose : 11,34 milliards de dollars américains de promesses, pour un objectif fixé à 18 milliards. L’écart est considérable. Le Fonds mondial avait déjà prévenu, dans son Investment Case pour 2027–2029, que 18 milliards ne couvriraient plus l’ensemble des besoins, estimés en hausse d’environ 8 % par rapport au cycle précédent. Ne pas atteindre ce seuil, c’est donc entrer dans le prochain cycle en dessous du minimum que le Fonds lui-même juge nécessaire pour maintenir la trajectoire de recul des trois maladies.
Cette fragilité est confirmée par le Rapport sur les résultats 2025, qui rappelle que, depuis 2002, les investissements du Fonds ont permis de sauver plus de 70 millions de vies et de réduire de 63 % le taux de mortalité combiné du VIH, de la tuberculose et du paludisme dans les pays où il investit (Figure 1). Mais le même rapport souligne que ce progrès est désormais menacé par une « crise du financement international » : contraction de l’aide publique au développement, multiplication des crises concurrentes, tensions budgétaires dans presque toutes les grandes économies. Autrement dit, la 8e reconstitution ne sanctionne pas seulement un « manque de générosité conjoncturel », elle révèle un changement structurel de l’environnement dans lequel le Fonds mondial doit désormais opérer.
Figure 1: Programmatic Results At a Glance
Source : Fonds mondial
Le communiqué officiel du Fonds insiste sur « l’unité » et la « résolution » des partenaires, saluant un résultat obtenu dans « l’une des années géopolitiques et économiques les plus turbulentes de mémoire récente ». Mais derrière ce langage nécessairement diplomatique, deux réalités coexistent : d’un côté, un noyau dur de pays et de partenaires privés qui maintiennent (et parfois augmentent) leurs contributions ; de l’autre, un nombre croissant de grands donateurs qui réduisent la voilure ou reportent leurs engagements, laissant planer une incertitude durable sur les perspectives de financement au-delà des 11,34 milliards annoncés à Johannesburg.
Où en est la mobilisation au lendemain de la 8e reconstitution ?
Avec 11,34 milliards de dollars consolidés au soir du 21 novembre, la 8e reconstitution se situe nettement en dessous de la cible de 18 milliards, et même en retrait par rapport aux 15,7 milliards annoncés lors de la 7e reconstitution en 2022. Ce résultat est toutefois partiel : le Fonds souligne lui-même que “plusieurs donateurs n’ont pas encore confirmé leurs promesses” et que la mobilisation va se poursuivre. Des acteurs majeurs comme la France, le Japon et la Commission européenne n’ont pas encore annoncé de contribution chiffrée ; la France, en particulier, a indiqué que son soutien au Fonds « demeure inchangé », mais que sa promesse ne pourra être formellement confirmée qu’au mois de décembre. Cette zone grise est à la fois un risque et une opportunité : elle entretient l’incertitude, mais laisse ouverte la possibilité de rehausser le total au-delà des 11,34 milliards.
Du côté des signaux positifs, la conférence de Johannesburg confirme le rôle central de certains piliers historiques. Les États-Unis restent, de loin, le premier bailleur, avec une promesse de 4,6 milliards de dollars, assortie du maintien du mécanisme bien connu de « matching » 1:2 (un dollar américain pour deux dollars de donateurs tiers). Cette contribution est en baisse par rapport aux 6 milliards promis en 2022, mais, dans un contexte de repli américain sur plusieurs organisations multilatérales, elle est aussi interprétée comme la confirmation que le Fonds reste l’un des rares instruments multilatéraux jugés compatibles avec la nouvelle doctrine “America First” en santé mondiale. Le Royaume-Uni, co-hôte du Sommet, annonce pour sa part 850 millions de livres, confirmant une trajectoire de baisse par rapport aux cycles précédents, mais réaffirmant le Fonds comme « investissement stratégique en sécurité sanitaire et en croissance économique », selon les termes du Premier ministre Keir Starmer. L’Allemagne confirme une promesse de 1 milliard d’euros, le Canada 1,02 milliard de dollars canadiens. Plusieurs donateurs européens de taille moyenne ont, eux, sensiblement augmenté leur mise. La Norvège a été le premier pays à annoncer une promesse pour la 8e reconstitution, avec 2 milliards de couronnes norvégiennes (NOK) – confirmant une continuité très forte avec ses cycles précédents et sa position de bailleur le plus généreux par habitant. L’Espagne s’est engagée à hauteur de 145 millions d’euros, soit une augmentation de plus de 11 % par rapport à sa promesse pour la 7e reconstitution. Le Luxembourg a fait de même avec 13,8 millions d’euros, soit une hausse d’environ 20 %. Le Danemark (375 millions de DKK), la Suisse (64 millions de CHF) et le Portugal (1,5 million d’euros) ont également annoncé des engagements précoces.
En Afrique, le geste est autant politique que financier : l’Afrique du Sud annonce une contribution de 36,6 millions de dollars, issue d’un engagement conjoint public-privé, avec une part gouvernementale plus que doublée par rapport à la précédente reconstitution, et un apport du secteur privé d’environ 10 millions de dollars. Au total, plusieurs pays africains contributeurs et bénéficiaires cumulent 51,6 millions de promesses, illustrant l’affirmation progressive du continent comme co-investisseur plutôt que simple « bénéficiaire ».
Le secteur privé, enfin, consolide sa montée en puissance. La Fondation Gates annonce 912 millions de dollars, la Children’s Investment Fund Foundation (CIFF) 135 millions supplémentaires, (RED) 75 millions, et d’autres partenaires privés apportent au total 201,85 millions de dollars. Combinés, ces engagements portent les promesses du secteur privé et des fondations à 1,34 milliard de dollars pour la 8e reconstitution. C’est un signe important de confiance dans la capacité du Fonds à déployer, à grande échelle, des innovations telles que la PrEP injectable à longue durée d’action, les diagnostics moléculaires à bas coût pour la tuberculose ou les moustiquaires à double insecticide pour le paludisme.
Mais ces bonnes nouvelles ne doivent pas masquer la réalité : même si, dans les prochains mois, des acteurs comme la France, le Japon ou la Commission européenne viennent s’ajouter au tableau, il sera très difficile de combler intégralement les 6,7 milliards qui manquent pour atteindre la cible de 18 milliards. La 8e reconstitution confirme ainsi que le temps où l’on pouvait espérer « rattraper » les objectifs à coups de promesses de dernière minute est largement révolu.
Ce que révèle la comparaison avec les cycles précédents
Pour mesurer la portée de ce résultat, il faut le replacer dans l’histoire des reconstitutions.. En 2019, la 6e reconstitution à Lyon avait atteint, presque au dernier moment, son objectif de 14,02 milliards de dollars – un succès salué comme “la plus grande levée de fonds jamais réalisée pour une organisation de santé multilatérale”. Cette victoire avait permis d’affirmer que, malgré des tensions géopolitiques croissantes, la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme restait un bien public planétaire suffisamment consensuel pour mobiliser les budgets.
Trois ans plus tard, la 7e reconstitution a introduit une rupture discrète mais lourde de conséquences. Le Fonds mondial avait déjà demandé 18 milliards de dollars pour 2024-2026, arguant qu’un tel niveau de financement permettrait de sauver 20 millions de vies supplémentaires et de réduire les décès liés aux trois maladies de 64 %. Le résultat fut paradoxal : record absolu de promesses (15,7 milliards), mais échec à atteindre la cible, comme l’a reconnu la décision du Conseil d’administration en novembre 2022 qui saluait un “résultat historique” tout en constatant l’écart avec les besoins.
La 8e reconstitution pousse ce paradoxe un cran plus loin. D’un côté, l’Investment Case (Figure 2) publié en février 2025 souligne que 18 milliards de dollars permettraient de sauver 23 millions de vies entre 2027 et 2029, de réduire de 64 % la mortalité combinée par rapport à 2023 et de prévenir 400 millions d’infections supplémentaires (Figure 3).
Figure 2 : Overall resource needs and projected available resources for HIV, TB and malaria
Figure 3 : Investment Case results for HIV, TB and malaria
De l’autre, le résultat financier – 11,34 milliards pour l’instant – place le Fonds devant une réalité arithmétique brutale : même en tenant compte de la poursuite de la mobilisation et de compléments ultérieurs, il lui sera impossible de financer toutes les priorités qu’il juge lui-même indispensables. La séquence 6e–7e–8e reconstitution raconte donc une histoire simple : l’ambition reste élevée sur le papier, mais la capacité politique à la financer s’érode.
Cette érosion s’inscrit dans une recomposition plus large de l’aide publique au développement. Les projections pour 2025 évoquées par plusieurs analyses indiquent des baisses de 30 à 40 % de certains flux d’aide dédiés aux trois maladies par rapport à 2023, sous l’effet combiné des guerres, des crises climatiques, de la pression migratoire et des arbitrages budgétaires internes. Dans ce contexte, la décision du Fonds, en juillet 2025, de réduire de 1,43 milliard de dollars les financements déjà alloués pour le cycle 2024–2026 – soit environ 11 % des montants initialement engagés apparaissait comme un signal d’alarme : même avant la 8e reconstitution, le système avait déjà commencé à « gérer la pénurie » en coupant dans des programmes existants.
À cela s’ajoute un glissement progressif des priorités politiques. La sécurité sanitaire, la préparation aux pandémies, la lutte contre le changement climatique et, plus récemment, la sécurité énergétique et militaire absorbent une part croissante de l’attention et des budgets. Le Fonds mondial n’est pas exclu de ces nouvelles grilles de lecture – il se positionne d’ailleurs de plus en plus explicitement comme acteur de la sécurité sanitaire mondiale et du renforcement des systèmes de santé – mais il doit désormais faire valoir sa pertinence dans un environnement saturé de demandes concurrentes. La 8e reconstitution montre que cet argumentaire fonctionne encore partiellement, mais plus difficilement qu’auparavant.
Ce que cela change concrètement pour l’Afrique
C’est en Afrique, et singulièrement en Afrique subsaharienne, que les conséquences d’une reconstitution insuffisante seront les plus tangibles. C’est là que le poids épidémiologique des trois maladies est le plus lourd, et là aussi que la dépendance au Fonds mondial est la plus marquée. Car de nombreux pays opèrent font partie de ce qu’on qualifie dans le jargon du Fonds mondial de « contextes d’intervention difficiles ».
Pour le paludisme, le constat est implacable : l’Afrique concentre environ 94 % des cas mondiaux et 95 % des décès en 2023, selon le Rapport mondial sur le paludisme 2024 de l’OMS. Dans les seuls États membres de l’Union africaine, on estime à 251 millions le nombre de cas et à plus de 579 000 le nombre de décès, dont 76 % chez des enfants de moins de cinq ans. Le Fonds mondial, qui fournit 59 % de tout le financement international pour les programmes paludisme, est tout simplement l’ossature externe de la lutte dans la plupart des pays africains.
Pour le VIH, à en croire les chiffres d’ONUSIDA, l’épicentre demeure également en Afrique. En 2024, chaque semaine, 4 000 adolescentes et jeunes femmes (15-24 ans) ont été infectées par le VIH, dont 3 300 en Afrique subsaharienne. Les femmes et les filles représentent 63 % des nouvelles infections dans la région. Dans de nombreux pays africains à forte charge de morbidité, le Fonds mondial finance une part substantielle des programmes de prévention, de dépistage et de traitement, aux côtés de PEPFAR et d’autres mécanismes.
Enfin, la tuberculose reste l’une des maladies infectieuses les plus meurtrières au monde, avec environ 1,25 million de décès en 2023, selon l’OMS. Le Fonds mondial est le principal bailleur de la réponse à la TB dans les pays à revenu faible et intermédiaire et soutient 76 % de la réponse internationale pour la tuberculose, comme le souligne MSF.
Au-delà des produits et des chiffres, ce sont les systèmes qui vacillent. Les coupes décidées en 2025 sur des subventions déjà accordées ont montré que les premiers postes affectés sont souvent les systèmes communautaires et les coûts “de support” – formation, supervision, systèmes d’information, renforcement de la gestion publique – parce qu’ils sont perçus comme fongibles. Or, ce sont précisément ces investissements qui permettent aux pays africains, notamment francophones, de construire une souveraineté sanitaire réelle : des systèmes de gestion des finances publiques robustes, des dispositifs de suivi-évaluation intégrés, des systèmes d’information harmonisés et des réseaux de communautés capables de jouer un rôle de garde-fou.
Entre désillusion et opportunité : que faire maintenant ?
Le principal enseignement de cette 8e reconstitution est double. D’un côté, le résultat de 11,34 milliards de dollars confirme que la phase d’expansion continue des financements multilatéraux pour le VIH, la tuberculose et le paludisme est terminée ; la solidarité internationale, telle qu’on l’a connue à l’ère des grandes initiatives VIH, est désormais sous tension. De l’autre, ce montant – qui reste de l’ordre de plusieurs dizaines de milliards sur trois ans une fois les contributions additionnelles et les compléments attendus des grands absents intégrés – montre qu’un socle solide de partenaires refuse de tourner la page sur les trois maladies.
Pour l’Afrique trois lignes de force se dégagent :
1) Protéger l’essentiel : dans un environnement de rareté, la première responsabilité des acteurs africains – gouvernements, ICN, société civile – sera de veiller à ce que les arbitrages imposés par le sous-financement ne se fassent pas au détriment des fonctions vitales : produits de santé essentiels, ressources humaines en première ligne, systèmes communautaires, dispositifs de suivi-évaluation et d’information sanitaire. Cela suppose de résister à la tentation de couper d’abord dans le « communautaire » ou le « systémique », parce que ces lignes sont politiquement moins visibles.
2) Ancrer les financements dans les systèmes nationaux : la dynamique engagée par le Fonds pour travailler davantage avec les systèmes nationaux de gestion des finances publiques prend une dimension nouvelle dans ce contexte. Si chaque dollar devient plus rare, son impact dépendra de la capacité des États à absorber, tracer et utiliser efficacement les ressources, plutôt que de multiplier les dispositifs parallèles. Le « reset » d’Accra, les expérimentations autour de l’intégration aux systèmes nationaux d’audit et de contrôle, ou les initiatives conjointes avec l’Union africaine doivent être vus non comme des luxes technocratiques, mais comme des conditions de survie de la solidarité multilatérale.
3) Construire des coalitions politiques plus larges autour du Fonds : enfin, l’Afrique ne peut plus se contenter de plaider en tant que « bénéficiaire »; elle doit apparaître clairement comme co-architecte de la mobilisation. La tenue de la 8e reconstitution sur le continent, la participation active de plusieurs chefs d’État africains, les contributions – certes modestes mais symboliquement puissantes – de pays à revenu faible ou intermédiaire, constituent des points d’appui. Mais il reste à traduire cette présence politique en une capacité réelle à influencer les débats budgétaires dans les capitales du Nord, y compris en articulant davantage les arguments en faveur du Fonds aux enjeux de sécurité sanitaire, de stabilité économique et de justice climatique.
Plus largement, un risque structurel se profile pour la durabilité des programmes en Afrique : la fragmentation des politiques de cofinancement. Si l’augmentation du financement domestique est légitimement encouragée par l’ensemble des partenaires - du Fonds mondial à Gavi, des États-Unis aux bailleurs européens - l’absence d’un véritable alignement entre eux génère en revanche une pression difficilement soutenable pour les pays.
Chaque bailleur formule ses propres exigences, souvent sans concertation préalable, sans associer suffisamment les ministères des Finances et sans s’inscrire dans les cadres de dépenses à moyen terme (CDMT) ni dans les processus nationaux de budgétisation. Or, ces politiques de cofinancement sont censées porter une vision macroéconomique d’ensemble. En pratique, leur manque de cohérence crée une superposition d’injonctions parfois divergentes.
Dans un contexte de marges budgétaires limitées, cette situation peut conduire à des trajectoires de durabilité irréalistes, voire à un véritable « échec planifié ». Il devient dès lors impératif d’engager un dialogue structuré entre bailleurs et gouvernements, afin d’harmoniser les attentes, de tenir compte des capacités financières réelles des pays et de bâtir des trajectoires pluriannuelles crédibles, capables de consolider - plutôt que de fragiliser - les acquis des réponses au VIH, à la tuberculose, au paludisme et au renforcement des systèmes de santé.
En guise de conclusion : une solidarité à reconquérir
Au lendemain de la 8e reconstitution, le constat est lucide : la communauté internationale n’a pas – pour l’instant – répondu à la hauteur des besoins chiffrés par l’Investment Case du Fonds mondial. Les 11,34 milliards promis à Johannesburg symbolisent une solidarité internationale qui résiste, mais qui se contracte. Le fait que des acteurs majeurs comme la France, le Japon ou la Commission européenne n’aient pas encore annoncé leurs contributions définitives souligne à la fois l’ampleur du risque et la marge de manœuvre restante : le résultat final n’est pas figé, mais il sera difficilement aligné sur la cible de 18 milliards.
Pour autant, parler d’échec serait trompeur. Tant que les ressources mobilisées – même en deçà des objectifs – sont utilisées pour protéger l’essentiel, pour consolider les systèmes publics et pour soutenir les communautés en première ligne, elles peuvent continuer de sauver des millions de vies et d’éviter une résurgence massive des trois maladies. À l’inverse, si les coupes budgétaires se contentent d’être réparties au fil de mécanismes technocratiques, sans vision politique claire et sans réel dialogue avec les pays et les communautés, l’Afrique risque de payer à double : en vies perdues et en souveraineté compromise.
La 8e reconstitution n’est donc ni un succès triomphal, ni un désastre absolu. Elle est un test : celui de notre capacité collective à faire mieux avec moins, à redéfinir la solidarité internationale non seulement en termes de montants, mais aussi en termes de gouvernance, de confiance et de partage du pouvoir. Pour les pays africains, la question est désormais de savoir comment transformer ces 11,34 milliards – et les compléments qui viendront – en un levier de renforcement durable des systèmes de santé et de souveraineté sanitaire, plutôt qu’en simple perfusion sous tension. C’est là que se jouera, dans les prochaines années, l’avenir réel du combat contre le VIH, la tuberculose et le paludisme sur le continent.
