RÉSUMÉ Compte tenu des enjeux liés au renforcement des systèmes de santé, et des sommes mises à disposition par le Fonds mondial pour le prochain cycle, un dialogue inclusif et transversal au ministère de la santé et celui des finances est nécessaire et urgent. C’est pourquoi Aidspan et le Bureau de la circonscription africaine ont organisé un atelier pour les 8 premiers d’AOC afin de réfléchir aux priorités en matière de renforcement du système de santé afin de nourrir le dialogue pays antérieur à l’élaboration des notes conceptuelles.
L’urgence de renforcer le système de santé pour des résultats pérennes et efficaces en matière de lutte contre les pandémies
Les membres du Comité de révision technique engagés dans la révision des requêtes de subvention pour la période 2017-2019 ont partagé leur analyse de la qualité et de la pertinence des documents qui leur ont été soumis au cours des 2 dernières années. Dans un rapport concis et bien documenté, les experts identifient les principales difficultés qui ont émaillé leur travail, et soulignent notamment des éléments récurrents qui limitent la portée des actions financées par le Fonds mondial. Ils en tirent une série de recommandations pour le prochain processus de dialogue pays :
en se concentrant davantage sur la prévention et la réduction de l’incidence ;
(RSSH)
; et
et à la préparation de la transition du soutien du Fonds mondial
De nombreuses formations ont été organisées fin 2019 et début 2020 en prévision du nouveau cycle de requêtes de financement. Onusida (voir l’article dans l’OFM 93), Roll Back Malaria et l’OMS ont invité les consultants qui accompagnent habituellement les pays dans la rédaction des requêtes de financement ainsi que des représentants des CCM ou des ministères de la santé. Ces formations sont l’occasion de mettre à jour l’auditoire sur les protocoles et les traitements, sur les interventions les plus efficaces ainsi que les activités prioritaires à financer pour lutter contre chaque maladie.
Curieusement, alors qu'ils sont prioritaires et cruciaux, les sujets transversaux sont absents de ces discussions, qui creusent encore une approche verticale « maladie » en invitant les responsables de programmes de manière individuelle, sans créer le dialogue nécessaire à l’ancrage de ces activités dans un système de santé plus ou moins fonctionnel. Pourtant, les occasions manquées en matière de dépistage, de prévention, ou de mise sous traitement pour les 3 maladies sont aujourd’hui connues : 80% des femmes enceintes dans la région d’AOC assistent à une consultation prénatale sur les 4 recommandées (située en majorité autour du cinquième mois), qui est un moment privilégié pour effectuer le test du VIH et prendre les dispositions nécessaires en cas de dépistage positif, tout en pratiquant les vérifications sur la croissance du bébé, la vaccination antitétanique ou encore la prévention e l'anémie et la protection anti-paludique; 60% des enfants nés de parents séropositifs sont infectés durant la grossesse, 40% durant les 18 premiers mois de vie, alors que 80% d’entre eux bénéficie d’un moins les premiers vaccins, ce qui démontre qu'un lien avec le système de santé existe ; 360.000 nouvelles infections à VIH interviennent en Afrique chez les jeunes filles et les adolescentes, alors que ce public reste le cœur de cible des programmes de santé sexuelle et reproductive, devenus prioritaires dans cette région du continent africain, et bénéficiant de financements importants de partenaires tels que la Banque mondiale, l'Agence Française de Développement, le Fonds Muskoka, USAID, la Fondation Bill et Melinda Gates... Autant d’opportunités pour attirer les patients, construire une offre adaptée à leurs besoins, grâce à des services intégrés et financièrement accessibles.
D’autre part, le contexte épidémiologique actuel montre une augmentation importante des maladies chroniques non transmissibles (en particulier le diabète, l’hypertension, les maladies cardiovasculaires, la dépression et les cancers). Elles pèsent lourd sur un système de santé fragile dans la région, et dont la moitié des ressources en moyenne provient des bailleurs internationaux.
Face à ce constat, et dans l’idée d’une progression vers la couverture de santé universelle indispensable à la mise en place d’un système de santé solide et pérenne, la question de l’optimisation des financements, de leur quantité, de leur provenance et de leur usage est cruciale. Cela induit un débat sur 3 sujets majeurs :
Enfin, il est urgent de formaliser le rôle de leader que les ministères (de la santé et des finances) doivent jouer dans la mobilisation des partenaires techniques et financiers, et l’alignement des différents programmes (en particulier de lutte contre les pandémies et les programmes de santé maternelle et néonatale) autour d’une vision de santé visant à la couverture santé universelle.
L’atelier de Cotonou
Forts de ces constats, Aidspan et le Bureau de la Circonscription africaine au conseil d’administration du Fonds mondial ont imaginé un espace de dialogue réunissant les acteurs du système de santé qui sont rarement amenés à échanger dans un cadre plus large que celui offert par le CCM, afin de leur donner les outils permettant de réfléchir à leur système de santé.
, en présence de représentants des 8 pays suivants : Mali, Guinée, Sénégal, Gambie, Sierra Leone, Libéria et le Congo. Il a permis de réunir des professionnels du ministère de la santé (programmes pandémies et santé maternelle, cellules RSS, direction générale de la santé, directions de la planification) et du CCM (coordinateur du comité d’élaboration des notes conceptuelles).
Les participants ont été invités à de pencher plus particulièrement sur 4 sujets :
, qui permet de centrer l’offre sur les besoins du patient, et d’optimiser les ressources (en matière d’équipements et de ressources humaines) ;
t, qui doit pouvoir délivrer des produits de santé jusqu’au dernier kilomètre, au plus proche du patient, en respectant des normes de qualité et sans que le prix finalement payé ne soit exorbitant ;
, et en particulier le déploiement des politiques et des programmes de santé communautaire. Une présentation concernant l’étude réalisée en 2019 par l'Unicef et financée par le Fonds Muskoka dans la sous-région a donné des éléments clés sur la nature de ces politiques, leur degré de mise en œuvre, les ressources humaines adjointes (en particulier les agents de santé communautaire) et les principaux services proposés ;
dans la région et les règles de co-financement.
Au terme des 3 jours d’atelier,
, et ont pris l’engagement d’animer à leur tour ces discussions sur les priorités en matière de système de santé, et les options possibles pour maximiser l’impact des investissements effectués par le Fonds mondial (offre d’activités dans des paquets de dépistage et de soins intégrés, partenariats public-privé dans le déploiement de la chaîne d’approvisionnement jusqu’au dernier kilomètre, formalisation des profils des agents de santé communautaire et définition du contenu intégré de leurs activités). La plupart des pays présents à l’atelier mènent en ce moment leur dialogue national et y ont intégré les conclusions de l’atelier. Les consultants RSS envoyés dans les pays ont été informés des résultats de l’atelier et ont pris connaissance des feuilles de route.
Bilan et suivi des feuilles de route
Les participants ont reconnu l’intérêt de l’atelier et se sont félicités de pouvoir échanger sur le RSS avec des collègues qu’ils ne côtoient pas souvent dans leur travail quotidien. Leurs attentes concernaient des définitions sur les concepts les plus usités (en particulier les piliers du RSS, l’intégration des services), le partage d’expériences avec d’autres pays de la sous-région, et des clarifications et des orientations sur la manière d’inclure le RSS dans les notes conceptuelles. Au terme de l’atelier, les participants ont reconnu que leurs attentes ont été satisfaites et ont donné quelques pistes d’amélioration : intégrer plus d’informations sur les partenariats avec le secteur privé, souvent cité comme un acteur important durant les 3 jours ; et continuer de les appuyer une fois rentrés chez eux, afin de s’assurer sur les priorités identifiées au cours de l’atelier seront bien défendues lors du dialogue pays.
Une nouvelle édition destinée à de 8 nouveaux pays se tiendra à Abidjan du 6 au 8 avril 2020.
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