RÉSUMÉ L’approvisionnement en produits de santé et intrants dans la situation d’urgence entrainée par la COVID-19 a soulevé de nombreux défis. Surenchère dans les prix des équipements de protection, fermeture des frontières, embargo sur les médicaments, cette crise est riche d’enseignements pour permettre aux systèmes pharmaceutiques des pays africains de se préparer à de possibles prochaines crises sanitaires. Le directeur exécutif du CHMP et le directeur du pôle Expertise et Formation Internationale exposent ces défis et éclairent les priorités pour l’avenir.
Entretien avec le Dr Karl Hounmenou et le Dr Alassane Ba, CHMP Centre humanitaire des métiers de la pharmacie)
Les derniers mois ont mis les pays africains en particulier à rude épreuve, pour deux raisons principales, liées à l’offre et à la demande en produits de santé :
Les pays africains se sont procuré les intrants nécessaires à la lutte contre la COVID par trois biais :
Même si leur nom contient le mot « achats », en réalité les centrales nationales d’achats n’achètent pas les produits financés par le Fonds mondial (voir l’article consacré aux CNA dans ce numéro). Ce ne sont plus centrales d’achats mais plutôt des entreprises de stockage et de distribution car les partenaires financiers ont créé leurs propres dispositifs d’achats. Le but est noble, obtenir des produits compétitifs avec des mécanismes d’achats groupés. Mais pourquoi ne pas juste préqualifier des fournisseurs et demander aux pays de s’y fournir avec leurs subventions ? Ils pourraient vérifier et valider les achats, les CNA resteraient acheteurs, et les bailleurs joueraient leur rôle de bailleurs. Mais ces derniers ont créé des macro centrales d’achats qui achètent les produits de santé pour tous les pays récipiendaires. Les coûts sont définis durant la préqualification et l’avantage de la quantité est réel. Cependant, petit à petit, ces pratiques ont affaibli les capacités de négociation et d’achats des centrales. Elles sont habituées à commander des produits bien définis, dans des contextes de routine. Dans la situation d’urgence créée par la COVID-19, il fallait continuer d’approvisionner dans un contexte de frontières fermées et de ports qui fonctionnaient au ralenti. Assurer la disponibilité des produits essentiels fournis par la Chine et l’Inde dans ce contexte s’est révélé à un défi immense : ces pays avaient fermé leurs frontières et avaient également publié une liste de produits qui ne pouvaient plus quitter le territoire car indispensables à la lutte contre la COVID-19: le curare (utilisé pour l’anesthésie des patients) et l’hydroxychloroquine ont été interdites d’exportation, ce qui a privé les patients qui souffrent par exemple de problèmes articulatoires de leur traitement ou ceux qui devient être opérés.
Les pays d’Europe et les USA se sont rendu compte de l’impact et de l’ampleur de la délocalisation de leur production pharmaceutique. Le Président Macron a d’ailleurs annoncé dans l’un de ses discours qu’il souhaitait relocaliser les industries de production pharmaceutique en France et en Europe. En Afrique, il y a un intérêt pour la production pharmaceutique locale et certains pays sont pionniers en la matière : l’Afrique du sud, les pays du Maghreb, en particulier le Maroc. 2 pôles sont capables de produire des médicaments sur le continent, et l’Union Africaine a placé dans son Agenda 2063 le développement de la production industrielle médicamenteuse en Afrique. C’est dans ce contexte que des projets de mise en place d’industries pharmaceutique ont vu le jour, en collaboration avec des investisseurs en Afrique : au Burkina Faso, au Bénin, et au Nigéria.
Faire fonctionner une industrie pharmaceutique est un immense défi qui requiert des conditions bien précises. Il faut des ressources humaines bien formées pour pouvoir travailler dans ces industries (les facultés de pharmacie ne forment pas de pharmaciens industriels, ceux qui se forment se destinent à travailler dans des officines). Il faut évaluer la taille du marché. Si le Bénin produit des médicaments, ces derniers seront-ils enregistrés au Togo ou au Nigéria pour y être vendus ? Cela dépend du degré d’harmonisation du processus règlementaire et de la reconnaissance mutuelle des autorités de réglementation pour garantir un marché conséquent.
L’Union Africaine qui s’est impliquée dans la riposte contre la COVID-19, ce qui n’était pas le cas dans d’autres crises, avec un élan sous-régional sans précédent que l’on doit valoriser. Et nous avons tiré plusieurs leçons :
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