RÉSUMÉ Cet article résume le rapport d'audit du Bureau de l’Inspection Générale sur le mécanisme de réponse COVID-19. Il s'agit d'un long article car le rapport d'audit est long et contient beaucoup de détails, ce qui n'est guère surprenant étant donné que les sommes en jeu, plus de 4 milliards de dollars, étaient considérables et que le fonctionnement du mécanisme est intrinsèquement complexe. Il y a un équilibre entre les réalisations et les problèmes mais, étant donné les nombreuses constatations, les mesures de gestion convenues sont peu nombreuses. Cela dit, au moment où ces actions seront achevées selon le calendrier convenu, elles risquent de ne pas améliorer sensiblement les résultats du mécanisme.
En 2020, en réponse à la pandémie de COVID-19, le Fonds mondial a développé une nouvelle modalité de financement, le mécanisme de réponse COVID-19 (C19RM) avec pour objectifs de financer des interventions au niveau des pays qui se concentrent sur :
Le succès de cette version 1.0 de C19RM a conduit à son extension en 2021 à la version 2.0. Bien qu'ils aient été créés avec le même objectif global - soutenir les pays dans leur lutte contre le COVID-19 et préserver les acquis en matière de VIH/SIDA, de tuberculose et de paludisme - il existe des différences essentielles de nature et de contexte entre le C19RM 1.0 et le C19RM 2.0.
C19RM 1.0 a été conçu et déployé immédiatement après l'annonce de la pandémie. Il tenait compte de l'expérience passée du Fonds mondial et des directives existantes en matière de financement d'urgence, et était adapté à la vitesse de réaction, mettant clairement l'accent sur une réponse rapide. En comparaison, C19RM 2.0 représentait un investissement beaucoup plus important, avec une période de mise en œuvre plus longue. Il a été conçu en partie grâce aux leçons tirées de son prédécesseur.
Étant donné que les investissements du C19RM 2.0 étaient quatre fois plus importants que ceux du C19RM 1.0, le Conseil d’Administration (CA) a souligné la nécessité de trouver un équilibre entre rapidité et robustesse, selon le niveau d'investissement, de risque et d’ambition.
Les principaux changements étaient les suivants :
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C19RM 2.0 a été conçu en tenant compte d'un certain nombre de tensions inhérentes à la manière dont il serait mis en œuvre et dont il serait contrôlé.
Les décisions de conception ont souvent été prises sous pression et avec des informations incomplètes. Pour répondre aux besoins urgents des pays, le Fonds mondial a dû trouver un équilibre entre les considérations de rapidité, de robustesse, d'équité et d'inclusion dans ses décisions d'investissement. Il n'existe pas d'équilibre "correct" absolu entre ces considérations.
Voici quelques exemples fournis par le BIG de compromis nécessaires pour déployer des ressources importantes à un rythme soutenu :
Sur les montants approuvés, 2,12 milliards de dollars ont été dépensés en produits de santé. Les catégories de coûts de santé les plus importantes étaient les suivantes : coûts liés à l'oxygène (24%), EPI (23%) et produits de diagnostic (21%).
Cet audit a permis d'évaluer l'adéquation du soutien apporté par C19RM aux pays grâce au financement de C19RM approuvé par le CA du Fonds mondial. L'audit a évalué :
La portée de l'audit excluait les processus suivants :
Les processus de demande et d'approbation des subventions du CR19RM ont été examinés dans dix pays : Afrique du Sud, Guinée, Inde, Kenya, Malawi, Mozambique, Nigeria, Philippines, Tanzanie et Ukraine.
Les notes d'audit des objectifs étaient les suivantes :
Pour mettre cela en contexte, le rapport explique que des examens externes ont été menés par les partenaires du GAC et du CTAG (notamment l'OMS, GAVI, Stop TB et l'UNICEF) parallèlement aux examens internes réalisés par les équipes du Secrétariat du Fonds mondial.Les examens externes ont évalué : (a) la solidité technique des demandes ; (b) l'alignement/la coordination des investissements entre les bailleurs de fonds et les parties prenantes nationales ; et (c) l'alignement sur les directives techniques de l'OMS et les plans nationaux de préparation.L'approche globale était la suivante : (i) informer les examinateurs externes qu'une nouvelle demande de financement était prête à être examinée et leur demander de fournir leur contribution dans un délai de trois jours ouvrables ; (ii) partager les documents de la demande de financement via une plateforme en ligne ; (iii) collecter les contributions des examinateurs externes à l'aide d'outils en ligne et les consolider dans un résumé qui a été partagé avec les équipes de pays ; et (iv) synthétiser les contributions des examinateurs externes et les réponses des équipes de pays et fournir la synthèse au Comité d'investissement pour informer la décision d'attribution.
Les défis de mise en œuvre relevés dans le rapport d'audit sont les suivants :
La plupart des répondants à l'enquête du CA ont souligné qu'ils étaient satisfaits de la fréquence (88%) et de la quantité (83%) d'informations fournies par le Secrétariat sur C19RM 2.0. La plupart des répondants (59%) ont déclaré que l'engagement et la transparence s'étaient améliorés par rapport à C19RM 1.0. Cependant, les perceptions relatives au partage des défis opérationnels rencontrés par le Secrétariat et par les pays étaient moins favorables, comme le montrent les pourcentages de répondants suivants qui estiment le partage sur ces sujets comme étant mauvais/très mauvais :
2C. Le cadre de suivi et évaluation (S&E) est globalement conçu mais n'est pas encore totalement opérationnel. La collecte de données n'en étant qu'à ses débuts, le BIG n'a pas pu évaluer de manière exhaustive la mise en œuvre et l'efficacité du cadre de suivi et d'évaluation.
2D. Le minimum requis d’assurance fournie par le LFA sur la chaîne nationale d'approvisionnement n'a pas été réalisé, ce qui a conduit à obtenir une assurance limitée quant à la capacité et les lacunes du système.
2E. Il y a des limites dans la surveillance des modifications apportées aux subventions après l'approbation du Comité d’Investissement (CI).
2F. Il y a des problèmes avec le rapportage des activités de passation de marchés, ce qui entraîne des lacunes dans la visibilité des progrès.
Étant donné le rôle clé de l'approvisionnement dans le cadre de C19RM 2021, une plus grande importance a été accordée à la surveillance et au suivi des achats PPM et non-PPM, ce qui a donné lieu à de nouveaux processus et exigences en matière de rapportage.
2G. Il n'existe pas de processus de rapportage centralisé pour suivre le statut des exigences juridiques et des actions de gestion sur les décaissements conditionnels.
COVID-19 met en évidence les défis préexistants en matière de gestion des achats et des approvisionnements (GAS) au niveau national. Dans six des pays sélectionnés par le BIG, des défis importants en matière de GAS ont été mis en avant comme limitant l'impact du financement C19RM 1.0, avec trois causes profondes communes au GAS : (i) la production mondiale et les facteurs liés à l'offre ; (ii) la capacité locale d'approvisionnement dans le pays et les processus liés; et (iii) les défis réglementaires et administratifs au niveau national.
3B. La visibilité du Secrétariat était limitée pour assurer un suivi efficace des fonds C19RM 1.0 : (a) Le manque de visibilité sur les niveaux d'absorption a entravé l'atténuation du risque d'absorption. (b) L'incapacité d'isoler les fonds C19RM 1.0 des flexibilités au sein des subventions et d'obtenir des détails sur les achats ont eu un impact sur ce suivi.
3C. Malgré les signes avant-coureurs du C19RM 1.0 concernant les goulots d'étranglement en matière d'utilisation et d'approvisionnement, il a fallu beaucoup de temps pour qu’une demande initiale se traduise en commandes, ce qui a augmenté le risque de sous-utilisation dans les étapes ultérieures de C19RM 2.0.
4B. L'absence de processus entre portefeuilles est susceptible de réduire l'agilité du C19RM au cours des années deux et trois de son cycle de vie (c'est-à-dire pendant la phase de mise en œuvre). Elle affecte la capacité du Fonds mondial à reprioriser en fonction des changements épidémiologiques régionaux et mondiaux et à répondre aux défis spécifiques des pays en matière d'absorption et d'évolution du paysage financier. Pour y remédier, il faut définir des processus d'optimisation des économies entre portefeuilles. Pour ce faire, il est nécessaire de déterminer les principes de ce qui constitue des économies ou de nouveaux financements, par le biais d'un nouveau processus d'optimisation du portefeuille.
4C. Des processus d'optimisation du portefeuille sont nécessaires pour s'adapter à une faible absorption et aux perturbations du COVID-19.
4D. Il est nécessaire d'améliorer les systèmes et outils clés qui permettent d'identifier rapidement les économies et d'optimiser le portefeuille.
4E. C19RM 2.0 a introduit une approche à deux niveaux pour accéder au financement : le processus de financement complet et le processus de demande accéléré. L'objectif de la procédure accélérée était de s'assurer que les besoins urgents des pays en produits COVID-19 étaient pris en charge, bien qu'il ait été reconnu que même avec un placement immédiat des commandes, il y aurait des délais importants avant que les produits essentiels n'arrivent dans le pays. Essentiellement, le mécanisme n'a pas été conçu pour une réponse d'urgence aiguë.
4F. Le faible recours au financement accéléré et le manque de différence au niveau des délais ont eu un impact sur son utilité globale. À décembre 2021, en réponse à 36 demandes, 591 millions de dollars avaient été accordés par le biais de l'approche accélérée, soit 66 % du financement disponible qui aurait pu être obtenu par cette méthode :
La capacité des pays à s'engager rapidement et efficacement sur deux types de demandes a été notée comme un facteur limitant l'accès au mécanisme en temps voulu. 75 % des CCM ayant répondu à l'enquête du BIG ont souligné les problèmes de capacité à gérer les processus du C19RM 2.0 parallèlement à leur charge de travail existante.
4G. Il existe des imitations structurelles qui impactent la capacité du Fonds mondial à soutenir la réponse à l’urgence aigüe du COVID-19.
COVID-19 a eu un impact écrasant sur toutes les parties prenantes, mettant en évidence un manque généralisé de préparation aux urgences afin de faire face à une pandémie de cette nature et de cette ampleur. Différentes approches suivies par les pairs mettent en évidence d'autres voies potentielles à explorer par le Fonds mondial, dans le but d'améliorer la rapidité et l'agilité du C19RM. Mais il existe également de nombreux compromis et risques associés à chacune d’elles qui devraient être soigneusement examinés. Compte tenu de l'impact de COVID-19 sur la chaîne d'approvisionnement mondiale pour les principaux produits clé, il n'est pas certain qu’une autre approche puisse garantir une réponse plus rapide, et diverses organisations homologues ont été confrontées à différents défis en raison de leurs modèles.
Il s'agit d'un rapport intéressant et important qui mérite d'être lu plusieurs fois car les processus impliqués dans la conception, le lancement, la gestion, le suivi et l'évaluation du mécanisme C19RM sont complexes. Les conclusions et les recommandations ne sont pas surprenantes pour quiconque a été associé à la préparation des demandes de financement et à leur mise en œuvre.
Un message clair se dégage : le C19RM était - et sera peut-être à nouveau nécessaire - pour affronter une situation d'urgence, alors que les politiques et les opérations des subventions du Fonds mondial ne sont pas conçues pour cela. On a bien tenté de modifier les politiques, les pratiques et les systèmes du Fonds mondial pour faire face à une situation d'urgence, mais pour la traiter plus efficacement, il faut des approches et des systèmes très différents.
À la réflexion, trois aspects méritent une attention particulière. Premièrement, la pandémie de COVID-19 n'est pas terminée. Nous ne savons pas ce qui peut ou ne peut pas se passer ; il s'agit donc d'une situation fluide. D'autres ajustements, encore imprévus, peuvent être nécessaires.
Deuxièmement, la capacité de mise en œuvre au niveau national est un problème récurrent même lors de moments meilleurs. Compte tenu de cette contrainte, il convient de réfléchir davantage à la manière dont les demandes de financement d’urgence en cas de pandémie peuvent être formulées plus facilement et plus rapidement.
Troisièmement, les dates d'échéance pour la réalisation des actions de gestion convenues peuvent laisser trop peu de temps pour que les améliorations aient un effet significatif sur les résultats de la C19RM 2021. Compte tenu de l'urgence, des efforts devraient être faits pour faire avancer ces actions.
[N.B. La réponse du Fonds mondial au point 3 ci-dessus est qu'il est important de garder à l'esprit que les moyens de vérification de l’AGC couvrent à la fois la conception et la mise en œuvre. Par exemple, pour l’AGC 3, le BIG exige que l'optimisation du portefeuille ne soit pas seulement conçue mais qu'elle soit déjà mise en œuvre à la date d'échéance. Par conséquent, elle serait conçue et mise en œuvre au cours de l'année 2 du mécanisme. ]
Malgré tous les défis et les limites, le Fonds mondial doit être félicité pour ce qu'il a pu réaliser avec les C19RM 2020 et 2021. Par rapport à de nombreuses organisations homologues, il a fait du bon travail dans des circonstances sans précédent. Bien sûr, certains des pays qui mettent en œuvre leurs subventions C19RM peuvent avoir un autre point de vue. Il y a eu des anecdotes sur les difficultés rencontrées avec les subventions C19RM qui n'étaient pas aussi flexibles qu'elles étaient censées l'être, ce qui a conduit à de faibles dépenses -en dehors des approvisionnements ; mais c'est un sujet pour un autre article.
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