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2 Jun 2020
Le directeur général a partagé les défis posés par la crise COVID-19 et la manière dont elle affecte et influencera la réflexion sur la prochaine stratégie.

Conformément à la tradition, Peter Sands a ouvert les débats lors de cette 43e réunion du Conseil du Fonds mondial. Organisée virtuellement avec un ordre du jour allégé, cette réunion a surtout été l'occasion de revenir sur la crise sanitaire mondiale sans précédent à laquelle le monde est actuellement confronté avec la COVID-19, et sur la manière dont le Fonds mondial a réagi pour prévenir les très graves effets attendus.

Le directeur exécutif a abordé trois points importants : la situation depuis la dernière réunion du Conseil d'administration de novembre 2019, l'effet de la crise COVID-19 et enfin, quelques réflexions préliminaires sur ce que cela signifie pour le Fonds mondial – et sa mission globale et pour son rôle au sein de la communauté mondiale de la santé.

Mises à jour depuis la dernière réunion du Conseil d'administration de novembre 2019

Peter Sands a souligné certaines des activités importantes que le Secrétariat a menées avec succès. L'une d'entre elles est la création du Conseil des jeunes, qui rassemble 16 jeunes et un membre observateur soigneusement sélectionnés, représentant la jeunesse et la diversité de notre monde. Le Conseil a commencé ses travaux et doit se réunir à nouveau à la fin du mois de mai. Par ailleurs, le Secrétariat a examiné le cadre de suivi et d'évaluation, et a discuté de la question de l'apprentissage et de la gestion des connaissances. Mais ces discussions n'ont pas donné lieu à un examen approfondi de l'architecture globale du suivi et de l'évaluation ou de la mesure de l'impact.

Peter Sands a décrit les progrès réalisés en matière de cartographie et d'analyse des procédures. Le Secrétariat a abordé la question de la sécurité numérique, dans un monde où les cyber-attaques sont de plus en plus fréquentes. Le Fonds mondial a reçu un certificat ISO qui confirme qu'il répond aux normes requises. Malgré le déménagement sur le site du Campus mondial de la santé, les dépenses de fonctionnement du Secrétariat sont entièrement contrôlées, et la gestion interne des risques est plus fréquente, selon le dernier rapport du Bureau de l'inspecteur général (BIG).

Sands a reconnu certaines faiblesses. Les conditions de travail actuelles ont retardé l'avancement de certains projets importants, en particulier le recrutement de personnel, et dans le domaine de la chaîne d'approvisionnement ou du renforcement du système de santé. Malgré ces difficultés, la réorganisation interne se poursuit : un département consacré au financement de la santé a été créé, la direction des relations extérieures a fusionné avec la direction de la communication, et des examens du cadre de responsabilité multisectoriel (CRM) ou du département de l’Assistance Technique et des partenariats (TAP) sont en cours. Peter Sands a chaleureusement remercié Seth Faison, un collègue et ami qui a travaillé comme directeur de la communication pendant sept ans et qui quittera l'organisation en juin 2020.

 

La crise et les défis de COVID-19

Peter Sands a parlé des conséquences de la pandémie COVID-19 sur le personnel du Secrétariat qui travaille à domicile en plus de gérer les nouvelles activités liées à COVID-19. Le Secrétariat a commandé une enquête qualitative portant sur le bien-être du personnel. Selon l'enquête, 94 % des employés ont déclaré qu'ils étaient bien équipés pendant cette période et 70 % ont déclaré qu'ils étaient suffisamment informés. Peter Sands a déclaré que cette période sans précédent, a généré une charge de travail supplémentaire d'au moins 50%, et que les performances du personnel sont de 20% inférieures à la moyenne habituelle, du fait de la surcharge de travail et de la fatigue liée à l’outil numérique et le travail à distance. Par conséquent, sa priorité est de protéger le personnel du Secrétariat contre l'épuisement professionnel.

Peter Sands a décrit les perspectives à la fin de 2019 : "En novembre [lors de la dernière réunion du Conseil], nous envisagions l'année 2020 avec un sentiment d'excitation quant à la manière dont, renforcés par le succès de la sixième reconstitution des ressources, nous pourrions véritablement intensifier la lutte contre le VIH, la tuberculose (TB) et le paludisme, sauver beaucoup plus de vies et accélérer sensiblement le mouvement vers la fin des épidémies. Avec une augmentation moyenne de 23,4 % des allocations par pays, nous imaginions comment nous pourrions inverser la tendance en matière de prévention du VIH, nous attaquer à la transmission dans les régions les plus touchées par le paludisme et enfin combler le fossé des personnes atteintes de tuberculose qui manquent à l'appel".

Mais l'émergence de la COVID-19 a réorganisé les priorités et fait apparaître des menaces jusqu'alors inconnues par leur ampleur et leur rapidité ; le Fonds mondial, en tant qu'acteur important dans le domaine de la santé mondiale, en est le témoin. "Un peu plus de quatre mois après son lancement, la COVID-19 a bouleversé tous les aspects de notre action : depuis la manière dont nous gérons le Secrétariat ou le Conseil d'administration lui-même, à la façon dont nous distribuons les moustiquaires imprégnées à longue durée d’action ou dont nous mettons en œuvre des programmes de prévention pour les populations clés. Et c'est loin d'être terminé. La pandémie n'a pas encore frappé de plein fouet nombre des communautés avec lesquelles nous travaillons le plus. L'ampleur des répercussions potentiellement dévastatrices sur la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme est encore loin d'être claire".

Pour Peter Sands, l'épidémie de COVID-19 change la donne et oblige les parties prenantes du Fonds mondial à garder à l'esprit l'essentiel. Il a demandé aux membres du Conseil d'administration de veiller à ce que l'ensemble du Secrétariat se concentre sur la survie des patients sous traitement et sur le partenariat qui définit le Fonds mondial avec les gouvernements, les partenaires techniques, les donateurs internationaux tels que GAVI ou la Banque mondiale, la coopération bilatérale (GIZ, AFD, USAID), le secteur privé et les communautés.

Le directeur général a décrit l'approche proactive du Fonds mondial face à la pandémie en permettant aux pays d'utiliser les économies réalisées grâce aux subventions pour leur réponse à la COVID-19 et au mécanisme supplémentaire de réponse à la COVID-19 (C19RM). Il a expliqué que 79 pays et 5 projets régionaux avaient reçu des fonds supplémentaires pour répondre à la crise COVID-19. Il a regretté que la réponse soit néanmoins très verticale, des décideurs vers le bas, ce qui laisse parfois les organisations de la société civile et les Instances de coordination nationale (CCM) hors du circuit pour la reprogrammation des financements. Pour le C19RM, les CCM devront approuver les demandes de financement COVID-19. Il a également exprimé sa préoccupation quant au fait que le Conseil d’administration n'avait reçu aucune demande de financement du C19RM à cette date. Cela a soulevé des questions sur la manière d'équilibrer la consultation avec les réponses d'urgence, et comment mettre les fonds à la disposition de ceux qui en ont besoin dans un laps de temps court.

Pour le Fonds mondial, cette crise est un rappel que des facteurs cruciaux tels que l'économie et la politique jouent un rôle fondamental. Après la crise financière de 2008, toutes les conversations tournaient atutour de l'économie mondiale, ce qui a rendu impossible l'atteinte de l'équilibre nécessaire entre la finance, la santé mondiale, la géopolitique et la résistance aux chocs. La septième reconstitution des ressources du Fonds mondial aura lieu dans ce contexte, alors que tous les efforts seront axés sur la recherche et le développement d'un vaccin COVID-19.

Pandémies et santé publique

La pandémie COVID-19 oblige à remettre en question les priorités et l'agenda mondial, et à contribuer à protéger le mandat du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Selon Peter Sands, cela nous rappelle qu'un débat crucial sur la sécurité sanitaire internationale, la place de la science et le rôle des communautés dans la lutte contre les épidémies se profile à l'horizon ; tout cela en respectant les droits qui sont souvent mis à l'épreuve dans les situations d'urgence. Le Fonds mondial doit participer à ce débat en tant qu'acteur de la santé mondiale, et ce débat doit éclairer la prochaine stratégie du Fonds mondial. Au milieu de la crise COVID-19, le processus d'élaboration de la stratégie a dû être révisé pour inclure des réunions virtuelles, qui ne sont pas idéales.

Avant d'envisager cette nouvelle stratégie, il est nécessaire de faire le point sur les dommages que la crise COVID-19 a causés aux chaînes d'approvisionnement, aux laboratoires et aux autres services dans les pays récipiendaires. Toutefois, il est important de continuer à se concentrer sur la fin des épidémies de VIH, de tuberculose et de paludisme : "nous devons terminer la lutte contre les pandémies", a conclu Peter Sands.

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