Un rapport appel à un financement complet du Fonds mondial et un accent mis au leadership des réseaux des populations clés

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5 Aug 2016
Le Rapport se fonde sur une note de plaidoyer publiée plus tôt

Atteindre les objectifs de développement durable (ODD) exige non seulement un Fonds mondial entièrement financé, mais aussi une approche qui met fortement l'accent sur ​​le leadership des réseaux de populations clés et vulnérables pour obtenir des résultats. Tel est le message central d'un rapport intitulé « Les Populations clés et le Fonds mondial : ​​Des résultats clés »,  qui a été publié le 20 Juillet 2016 lors d'une conférence de presse dans le cadre de la 21e Conférence internationale sur le sida (SIDA 2016) à Durban, en Afrique du Sud.

 

(Début juillet, l’OFM a publié un résumé d'une note de plaidoyer basée sur la recherche effectuée pour ce rapport qui ciblait les parties prenantes à la Réunion de haut niveau 2016 sur la fin du SIDA. Dans cet article, nous nous étions engagés à publier un article de suivi lorsque le rapport complet paraitrait.)

 

Le rapport est une initiative conjointe du Global Fund Advocates Network (GFAN) et du partenariat du Processus d'espace libre (Free Space Process), soutenue par le Conseil international des ONG de lutte contre le sida (ICASO) et l’International Civil Society Support (ICSS).

 

Le document comporte cinq messages de plaidoyer généraux qui insistent sur la nécessité d'un financement complet du Fonds mondial:

 

1. L'investissement dans les populations clés est nécessaire maintenant plus que jamais.

2. Le Fonds mondial investit dans les interventions en faveur des populations clés et vulnérables fondées sur des droits et des données factuelles.

3. Le Fonds mondial joue un rôle de catalyseur dans l'amélioration des réponses nationales et dans la mobilisation des fonds nationaux en faveur des populations clés et vulnérables.

4. Le Fonds mondial donne une voix aux populations clés et vulnérables et leur permet de s’impliquer.

5. Le Fonds mondial met les populations clés au cœur de son travail, en fournissant un ensemble de stratégies, de politiques et de processus d’appui.

 

Nous avons structuré cet article sur la base de ces cinq messages, comme nous l'avons fait dans notre article sur la note de plaidoyer. Nous avons mis l'accent sur ​​le nouveau contenu du rapport complet qui ne faisait pas partie de la note.

 

Message clé #1 : L'investissement dans les populations clés est nécessaire maintenant plus que jamais.

 

L'argument clé de cette section du rapport est que, pour atteindre les objectifs du Fonds mondial, les objectifs de développement durable (ODD) et d'autres partenaires mondiaux, un niveau plus élevé d'engagement avec les populations clés et vulnérables est nécessaire. Plus précisément, pour atteindre les objectifs accélérés de l'ONUSIDA (article en anglais), 6,9 millions d' hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes (HSH), 4,9 millions de travailleurs du sexe et 2,2 millions de personnes qui utilisent des drogues injectables, doivent avoir accès à un ensemble complet de services. Le rapport fournit une analyse détaillée année après année des investissements nécessaires pour le VIH visant les programmes des populations clés. Voir le tableau 1 pour un résumé des chiffres.

 

Tableau 1 : Besoins en ressources pour les populations clés pour mettre fin au SIDA en 2030 (en millions de dollars)

 

Intervention

2016

2020

2025

2030

Sensibilisation des travailleur/es du sexe

422 m

536 m

573 m

612 m

Sensibilisation des HSH

440 m

603 m

642 m

681 m

Transgenres

25 m

34 m

36 m

39 m

Personnes qui s'injectent des drogues : Sensibilisation

546 m

653 m

702 m

753 m

Personnes qui s'injectent des drogues : Drogues de substitution

435 m

812 m

704 m

409 m

Prisonniers

33 m

80 m

80 m

102 m

Transfert de cash pour les filles

130 m

560 m

1027 m

397 m

Prophylaxie préexposition (PrEP) pour les populations clés

90 m

669 m

1067 m

1112 m

 

Fait important, le document fait également valoir que, en plus des chiffres ci-dessus, l'investissement est également nécessaire pour la sensibilisation, le renforcement et l'autonomisation des réseaux des populations clés et vulnérables. Il ne suffit pas que ces populations soient les plus vulnérables à ces trois maladies, mais il faut aussi que, pour les atteindre et répondre à leurs vulnérabilités, les organisations de populations clés et vulnérables puissent conduire la réponse.

 

Message clé #2 : Le Fonds mondial investit dans les interventions en faveur des populations clés et vulnérables fondées sur des droits et des données factuelles.

 

Le rapport fait valoir que, historiquement, le Fonds mondial a beaucoup contribué à l'expansion des interventions sur les droits et fondées sur des données factuelles pour les populations clés et vulnérables. Il reste une importante (souvent la plus importante) source de financement stable et cohérente pour ces populations dans des contextes où le financement peut être volatile. Même dans un pays comme l'Afrique du Sud, où les fonds publics couvrent 80% de la riposte au VIH et à la tuberculose, le Fonds mondial est toujours le plus gros investisseur dans les populations clés et vulnérables (voir l'article paru dans l’OFM, en anglais). Le registre de demande de qualité non financées (DQNF) du Fonds mondial est un mécanisme unique et important pour attirer l'attention et le financement en direction des zones sous financées, en particulier pour les populations clés. La Fédération de Russie a, à elle seule, un déficit de financement de 44,17 millions $ pour les populations clés. Le Vietnam a besoin de 18,7 millions $ spécifiquement pour lutter contre le VIH chez les personnes qui consomment des drogues injectables. L’OFM a déjà fait état de la façon dont le registre de DQNF fournit des indications précieuses sur les lacunes de financement de ces interventions. (Voir l’article en anglais).

 

Message clé #3 : Le Fonds mondial joue un rôle de catalyseur dans l'amélioration des réponses nationales et dans la mobilisation des fonds nationaux en faveur des populations clés et vulnérables.

 

Le rapport fait valoir que le Fonds mondial, au-delà des interventions de financement et de l'identification des lacunes en matière de ressources, joue aussi un rôle de catalyseur dans l'amélioration des réponses nationales de trois façons principales: (1) en identifiant des sources de financement nationales supplémentaires; (2) en encourageant la création de politiques qui ont un effet qui va au-delà des programmes du Fonds mondial; et (3) en donnant la priorité aux populations clés et vulnérables dans le nouveau modèle de financement. Grâce à des outils tels que le financement de contrepartie et de la politique du consentement à payer, le Fonds mondial encourage l'augmentation des investissements nationaux dans les populations clés et vulnérables. Faisant référence à la récente publication d'Aidspan sur la volonté de payer, le rapport souligne que le Suriname investira 18,4 millions $ pour construire et financer une clinique qui répond spécifiquement aux besoins des populations migrantes dans les zones minières en matière de VIH, tuberculose et paludisme ; Le Botswana fournira 68 millions $ pour le traitement antirétroviral pour tous les travailleur/es du sexe dont le test est positif; et la Bulgarie investira 14,5 millions $ en recherche active des cas parmi les populations TB clés.

 

Message clé #4 : Le Fonds mondial donne une voix aux populations clés et vulnérables et leur permet de s’impliquer.

 

Le rapport fait valoir que le Fonds mondial a également été, et continue d'être, un véhicule important pour porter les voix et les points de vue des populations clés et vulnérables. Il met en évidence plusieurs domaines critiques où les populations clés ont atteint un impact considérable, y compris en matière de gouvernance, d'implication dans le développement de note conceptuelle, et de mise en œuvre des programmes. Le rapport est riche en témoignages de populations clés de partout dans le monde, faisant part de leurs expériences de première main dans les processus du Fonds mondial. Le rapport complet s’appuie sur les études de cas de la Zambie et du Botswana qui ont été partagés dans la note de plaidoyer, et met en évidence le cas du Suriname et du Costa Rica, où les populations clés se sont véritablement impliquées dans le processus de décisions du Fonds mondial. Un rapport complémentaire contenant une banque de données contenant des études de cas, des interviews, et des citations, accentue l’importance de ce message clé.

 

Message clé #5 : Le Fonds mondial met les populations clés au cœur de son travail, en fournissant un ensemble de stratégies, de politiques et de processus d’appui.

 

Enfin, le rapport met en évidence la façon dont, historiquement, le Fonds mondial s’est toujours engagé à élaborer un ensemble complet de stratégies, de politiques et de processus qui permet que l’engagement des populations clés et vulnérables devienne une réalité. Ce soutien comprend l'assistance technique ; des politiques qui encouragent la participation des populations clés et vulnérables dans les instances de coordination nationales et l’élaboration de note conceptuelle ; et la production d'informations personnalisées, spécifiques à certaines maladies et certains groupes. Encore une fois, le rapport insiste sur l’importance critique d'un Fonds mondial entièrement financé, de sorte que les programmes proposés par et pour les populations clés et vulnérables puissent être mises en œuvre à l'échelle.

 

Conclusion

 

Le rapport se termine en rappelant au lecteur l’existence du dossier du Fonds mondial plaidant en faveur de l’investissement. Pour chaque contribution de 100 millions $ au Fonds mondial, il est possible de:

 

  • économiser jusqu'à 60.000 vies grâce à des programmes soutenus par le Fonds;
  • éviter jusqu'à 2,3 millions de nouvelles infections dans les trois maladies;
  • soutenir les partenaires à l'investissement national de 300 millions $ pour les trois maladies; et
  • Pousser à l’obtention de 2,2 milliards $ en gains économiques à long terme.

 

L'auteur principal du rapport, Michael O'Connor, au regard de ces chiffres, conclut: « Le retour sur investissement dans les combats contre les trois maladies est élevé et les conséquences de l'inaction sont graves ». M. O'Connor est un conseiller spécial de l’ICASO qui est une des organisations soutenant ce rapport.

 

« Dans la préparation de ce rapport, nous avons été frappés qu'un sujet d’une telle importance n'ait pas été abordé précédemment » fait remarquer O'Connor. « Nous avons rapidement découvert que pour les chefs de file parmi les réseaux de populations clés et vulnérables, un Fonds mondial entièrement financé est essentiel; sinon les gains réalisés seront inversés ».

 

Cet article est la première contribution de Mark Daku pour l’OFM. Dr. Daku est un boursier postdoctoral à l'Institut pour la politique sociale et de santé à l'Université McGill à Montréal, Canada. Il peut être contacté à : mark.daku@mcgill.ca. Dr Gemma Oberth est une correspondante régionale pour l’OFM, spécialisée dans les questions liées à l'Afrique subsaharienne, le financement de la santé et les populations clés et vulnérables. Mme Oberth est co-auteure du rapport du GFAN/Free Space Process/ICASO/ICSS, écrit en sa qualité de Consultante Support technique pour la plate-forme régionale pour la communication et la coordination pour l'Afrique anglophone, organisée par EANNASO.


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