Tuberculose dans les camps de réfugiés syriens : le Fonds mondial rejette un plan de lutte régional

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14 Oct 2014

Tuberculose dans les camps de réfugiés syriens : le Fonds mondial rejette un plan de lutte régional

Une manifestation d’intérêt de 10 millions US$ pour apporter une réponse harmonisée à la crise de la tuberculose parmi les réfugiés syriens dispersés en Jordanie, au Liban, en Turquie et en Irak a essuyé le refus du Fonds mondial. 

La proposition d’initiative régionale a été jugée irrecevable dans la mesure où elle a été soumise par un groupe composé d’agences onusiennes et internationales dirigées par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) : une violation des critères d’éligibilité des propositions régionales qui limitent les organisations régionales à des entités juridiques autres que les agences onusiennes, multilatérales ou bilatérales.  

De tels critères d’éligibilité sembleraient illustrer la rigidité des politiques du Fonds, même lorsqu’ils sont appliqués aux Etats fragiles, déclare à Aidspan un membre de l’équipe responsable des soumissions, mais aussi son incapacité chronique à cerner la nécessité de faire preuve de souplesse face à un scénario de crise qui ne s’inscrit pas exactement dans le cadre des protocoles standards. 

Cette proposition figurait parmi plus d’une quarantaine de manifestations d’intérêt soumises en mai dernier afin de prélever une partie des 200 millions US$ alloués par le Conseil d’administration du Fonds à des initiatives régionales. Seules 16 propositions régionales sur les 43 reçues ont été invitées à soumettre des notes conceptuelles, après révision par le Comité technique d’examen des propositions. 

Une proposition régionale pour une réponse coordonnée

En soumettant cette proposition, l’OIM et ses partenaires, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, l’Organisation mondiale de la Santé, le Programme des Nations unies pour le développement et les programmes de lutte contre la tuberculose en Syrie et dans six pays voisins, entendent apporter une réponse coordonnée face à la multiplication des cas de tuberculose chez les Syriens déplacés en quatre années de conflit. 

Plus de 2,4 millions de personnes ont été déplacées, la grande majorité vivant dans des camps organisés ou de façon informelle au sein de communautés hôtes en Jordanie, au Liban, en Turquie et en Irak. Seul l’Irak demeure éligible à un financement de transition du Fonds mondial d’un montant de 10,7 millions US$ dans le cadre du nouveau modèle de financement. 

L’initiative régionale de lutte contre la tuberculose aurait principalement octroyé ses fonds pour soutenir les programmes nationaux de lutte contre la maladie dans les pays voisins de la Syrie, dans le cadre de prestations de services aux populations réfugiées ou d’une assistance technique fournie aux agents de santé. Une partie du problème réside dans le fait que la tuberculose est plus répandue en Syrie que dans les pays voisins ; en Jordanie, par exemple, la tuberculose était en voie d’éradication mais son taux de prévalence a eu tendance à augmenter en raison de l’afflux de réfugiés syriens. 

Un autre problème est que les pays devant désormais faire face à l’afflux de réfugiés syriens ont clairement indiqué que leurs stratégies de lutte contre les maladies transmissibles – et les budgets y afférents – contenaient des dispositions permettant de répondre aux besoins de santé des populations de réfugiés. L’Irak, qui traverse actuellement une autre crise de sécurité et connaît une augmentation des cas de tuberculose, a clairement fait savoir lors de discussions au plus haut niveau qu’il n’y avait tout simplement pas assez d’argent pour diagnostiquer et traiter tous les cas de tuberculose dans les camps de réfugiés.

Ecarter la possibilité d’une propagation transfrontalière de la tuberculose multirésistante avec les populations déplacées constitue par ailleurs l’objectif d’un projet doté d’un budget de 15 millions US$ pour lequel le PNUD – actuel récipiendaire principal des programmes de lutte contre la tuberculose du Fonds mondial en Syrie, en Irak et à Gaza – aurait été le récipiendaire principal.  

La plupart des fonds seraient provenus du pool de ressources du Fonds mondial pour des projets régionaux ; le PNUD s’est engagé à investir 1,5 million US$ dans le cofinancement. Les 3,5 millions US$ restants auraient été levés auprès d’autres sources dans le cadre du Plan d’action régional des Nations unies en faveur des réfugiés, selon une copie de la manifestation d’intérêt communiquée à Aidspan.  

Autre recours possible : le fonds d’urgence

Dans la proposition rejetée, les agences participantes ont pris acte des préoccupations exprimées par le Fonds mondial concernant la crise des réfugiés dans la région et reconnu les efforts déployés pour trouver les moyens d’y répondre. 

« Nous soumettons cette manifestation d’intérêt au moyen d’une demande de financement pour un programme régional, une des voies possibles pour obtenir le soutien financier du Fonds mondial », ont indiqué les agences dans leur lettre. « Ceci dit, nous sommes tout à fait conscients de la nature particulière de cette proposition qui vise à répondre à une situation d’urgence et pourrait bien déboucher sur un soutien dans le cadre du fonds d’urgence humanitaire du Fonds mondial. Nous sommes donc disposés à examiner avec le Fonds mondial les meilleures solutions de financement possibles afin de faire face aux risques de tuberculose liés à la crise des réfugiés syriens dans la région. » 

Dans une déclaration faite à Aidspan, Seth Faison, Directeur de la communication du Fonds mondial, a indiqué : « Le Fonds mondial a pour mission de soutenir les programmes mis en œuvre dans les pays. Nous ne pouvons accepter les demandes de financement d’organisations multilatérales. Pour les initiatives régionales, nous disposons de ressources limitées et devons privilégier les demandeurs éligibles. La situation en Syrie est grave, et il est judicieux d’explorer les possibilités de financement dans le cadre de notre fonds d’urgence, créé en vue de lutter contre les trois maladies dans les situations d’urgence lorsque l’on ne peut avoir accès aux sources classiques de financement ». 

Si cette possibilité d’avoir recours à d’autres moyens de financement permet avec un certain optimisme de répondre aux besoins immédiats du programme de lutte contre la tuberculose en faveur des réfugiés syriens dans la région, certains craignent qu’il ne s’agisse là que d’une solution et d’un mécanisme de soutien à court terme et non durable, selon Aidspan.  

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