Le Rwanda et le Fonds mondial s’engagent dans un projet pilote de financement axé sur les résultats

18 Feb 2014
La Phase 2 d’une subvention VIH renforcera le plan stratégique national

Le Rwanda et le Fonds mondial ont annoncé le 10 février, dans le cadre de leurs négociations pour la reprogrammation de la Phase 2 d'une subvention de lutte contre le VIH (RWN-H-MOH), qu’ils mettront à l’essai un nouveau modèle de financement axé sur les résultats (‘results-based financing’ ou ‘RBF’ en anglais).  Cette approche vise à encourager plus de flexibilité et rationaliser le financement des pays dotés des meilleures capacités.

Le choix du Rwanda pour ce projet pilote est fondé sur son succès dans la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement 4, 5 et 6[1] et le renforcement de son infrastructure sanitaire nationale pour relever les défis auxquels est confrontée la population en termes de morbidité et de prévalence du VIH. La prévalence du VIH au Rwanda se maintient à 3% depuis 2010.

Présent à Kigali pour la signature de cette entente, le directeur exécutif du Fonds mondial, Mark Dybul, a jugé que les résultats du Rwanda dans la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme étaient impressionnants, mais que « le système mis en place » pour combattre ces épidémies l’était encore plus. Il a estimé que la nouvelle approche « permettra au gouvernement du Rwanda d’utiliser la subvention dans le cadre de sa stratégie nationale pour produire des résultats avec ses partenaires ».

Ce modèle de financement évalue les résultats par rapport à une série d'indicateurs inclus dans le plan stratégique national (PSN) et convenus par les partenaires techniques. Avant que le Rwanda soit retenu comme banc d’essai, le Comité d’approbation des subventions (Grant Approvals Committee ou GAC) du Fonds mondial avait demandé au Comité technique d’examen des propositions (Technical Review Panel ou TRP), un panel indépendant d’experts internationaux, de vérifier la solidité et l’étendue des indicateurs choisis.

Ces indicateurs comprennent :

  1. Pourcentage de nourrissons, nés de femmes séropositives au VIH, infectés avant 18 mois
  2. Pourcentage d'adultes et d'enfants vivant avec le VIH sous traitement 12 mois après le début de la thérapie antirétrovirale
  3. Pourcentage d’adultes et d’enfants éligibles, vivant avec le sida et bénéficiant actuellement d'une thérapie antirétrovirale
  4. Pourcentage des travailleurs du sexe féminins qui déclarent avoir utilisé un préservatif lors des rapports sexuels avec leur dernier client
  5. Pourcentage des hommes qui déclarent avoir utilisé un préservatif lors de leurs dernières relations sexuelles anales avec un homme
  6. Pourcentage de patients aux prises avec une co-infection tuberculose/VIH recevant un traitement pour les deux maladies.

Dans le cadre de ce modèle, des subventions globales sont allouées, fournissant ainsi au gouvernement du Rwanda un soutien budgétaire qui lui offre une certaine souplesse dans la façon de dépenser les fonds, les économies réalisées étant réinvesties dans la riposte nationale.

Les subventions du Fonds mondial seront regroupées avec celles d'autres partenaires au développement, contribuant ainsi à une mise en œuvre complète et efficace du plan stratégique national (PSN) du Rwanda concernant le VIH. Les résultats et les décaissements subséquents des subventions seront évalués sur la base de la réalisation des six indicateurs, après un examen annuel du Fonds mondial, des partenaires techniques et du gouvernement rwandais. Si le Rwanda remplit entièrement ses objectifs, il pourrait avoir accès à une aide allant jusqu’à $204 millions au cours des deux prochaines années.

Selon le PSN, le financement soutient l’élargissement de l’accès aux antirétroviraux à toutes les personnes éligibles selon les nouvelles lignes directrices adoptées par l’OMS en 2013. L’introduction des nouveaux critères d'éligibilité signifiera au départ que le pourcentage de couverture au Rwanda passe de 91,6 % à environ 78 % des adultes qui y sont admissibles, juste en dessous des niveaux de couverture universelle. Les objectifs pour les deux prochaines années seront d’étendre à nouveau la couverture pour atteindre 90% des adultes éligibles.

 Pour la même période, les groupes les plus à risque, particulièrement les travailleuses du sexe et les hommes ayant des rapports homosexuels, qui constituent à eux deux 25% de toutes les nouvelles infections au Rwanda, ont été identifiés comme des cibles prioritaires dans la stratégie VIH nationale.

La décision de faire du Rwanda le pays pilote du modèle de financement axé sur les résultats a été prise parallèlement à une évaluation conjointe de la stratégie nationale (Joint Assessment of National Health Strategies ou JANS) pour la période 2013-2018. Le rapport d'évaluation a salué les forces du PSN, sans oublier de mettre en évidence les faiblesses liées à la capacité du Ministère de la santé à exécuter ce plan dans son intégralité. Parmi les préoccupations, on peut citer les faiblesses concernant le recrutement et la rétention du personnel qualifié dans le système de santé publique ainsi que la fourniture et la distribution des produits sanitaires, notamment les antirétroviraux.  Le coût global du PSN – pris en charge en grande partie par les bailleurs de fonds externes tels que le Fonds mondial - a également fait l'objet de certaines inquiétudes.

*Voir l’article original en anglais. See the original article in English.



[1]Les OMD 4, 5 et 6 sont : 4. Réduire le taux de mortalité infantile, 5. Améliorer la santé maternelle et 6. Combattre le VIH/sida, le paludisme et d'autres maladies.

 

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