Le Fonds mondial fixe l’objectif de la reconstitution des ressources à 13 milliards de dollars

1. ARTICLES COURTS
22 Dec 2015
Les besoins financiers, toutes sources confondues, sont estimés à 97,5 milliards de dollars
Un déficit prévu de 19,5 milliards
Le Fonds mondial a fixé son objectif de levée de fonds à 13 milliards de dollars pour la 5ème reconstitution des ressources de 2017-2019. Un chiffre de 2 milliards de dollars de moins que la campagne précédente de 2014-2016, et 1 milliard de plus que les annonces de contributions reçues au moment de la conférence pour la 4ème reconstitution des ressources. 
 
Cette information provient d’un rapport décrivant le dossier d’investissement du Fonds mondial pour la 5ème reconstitution des ressources qui a été rendu public le 17 décembre, soit le jour de la réunion de préparation à Tokyo au Japon.
 
Si l’objectif de 13 milliards de dollars est atteint, le Fonds mondial affirme que cela pourrait sauver 8 millions de vies grâce aux programmes qu’il finance et éviter 300 millions de nouvelles infections pour les trois maladies confondues.
 
Un investissement de 13 milliards de dollars pourrait aussi entraîner des gains économiques à hauteur de 290 milliards de dollars sur les prochaines années et décennies. Ce chiffre est fondé sur les estimations par les partenaires du retour sur investissement de la mise en oeuvre de chaque plan mondial. Ces estimations mesurent la valeur économique d’une société en bonne santé (et donc plus productive) à travers des gains de productivité et de consommation, notamment des économies faites par les foyers, et part du principe que chaque personne dont la vie est sauvée contribue potentiellement à la santé économique de la communauté.
 
Selon le Fonds, des progrès importants ont été faits ces dernières années et les trois maladies pourraient disparaître si les investissements augmentent et sont utilisés avec efficacité. Sans cet investissement important, le Fonds craint que ces progrès ne soient annulés et ne provoque une résurgence des maladies.
 
Selon le dossier d’investissement, le financement total pour 2017-2019 pour lutter contre les trois maladies dans les pays où le Fonds mondial investit est de 97,5 milliards. Les besoins estimés sont fondés sur les plans mondiaux produits par les organisations partenaires du Fonds mondial. Ces plans comprennent :
 
 
Le Fonds mondial indique que les trois plans mondiaux incluent dans leurs coûts des éléments concernant les systèmes de santé à des degrés divers.
 
Le tableau 1 donne le détail des besoins financiers pour 2017-2019 par maladie
 
Tableau 1: Détail par maladie des estimations des besoins financiers pour 2017-2019
 
Maladie
Estimations des besoins ($)
VIH
66.1 milliards
TB
17.7 milliards
Paludisme
13.7 milliards
Total
97.5 milliards
 
L’objectif de 13 milliards représente 13% des besoins estimés de financement. Le Fonds mondial projette que le financement domestique national va continuer à augmenter de manière significative et que le financement de bailleurs extérieurs restera constant. Les prévisions pour le Fonds mondial, les autres donateurs et les investissements domestiques combinés représentent seulement 80% du total des besoins pour 2017-2019, ce qui laisse un déficit de 19,5 milliards. Le tableau 2 donne le détail par source de financement.
 
Table 2: Détail par source de financement pour les besoins estimés pour 2017-2019
 
Source
Besoins estimés
$
%
Investissements nationaux
41.0 milliards
42%
Fonds mondial
13.0 milliards
13%
Autres bailleurs
24.0 milliards *
25%
déficit
19.5 milliards
20%
Total
97.5 milliards
100%
 
 *  Le dossier d’investissement estime la part des autres bailleurs à 23,4 milliards. Cependant, si on utilisait ce chiffre, nous serions contraints d’atlérer le total ou le déficit ce qui entrerait en conflit avec l’information trouvée ailleurs dans le dossier. Celui-ci ne mentionne pas de chiffre du déficit mais affirme que les investissements des sources nationales, des autres bailleurs et du Fonds mondial combinés atteindrait 80% des besoins estimés.
 
Selon le Fonds mondial, les besoins financiers vont culminer en 2020, puis décliner. La part du Fonds mondial dans les ressources totales engagées dans la lutte contre les trois maladies baissera au début de la 5ème reconstitution des ressources (voir graphique ci-dessous).
 
Source: Résumé du dossier d’investissement du Fonds mondial – 5è reconstitution des ressources 2017-2019
 
Selon le Fonds mondial, le financement national a augmenté de manière significative et représente déjà la moitié du financement du VIH, plus des trois quarts de la TB et un quart du paludisme. Néammoins, le financement extérieur demeure essentiel.
 
Comparaison avec les estimations des besoins financiers pour 2014-2016
Les estimations des besoins financiers sont 12% plus élevés que pour la reconstitution précédente (87 milliards de dollars). Les tableaux 3 et 4 donnent le détail des deux séries d’estimations par maladie et source de financement.
 
Tableau 3: Comparaison des besoins financiers estimés, 2017-2019 vs. 2014-2016: par maladie ($)
 
Maladie
5ème reconstitution
2017-2019
4ème reconstitution
2014-2016 *
VIH
66.1 milliards
58.0 milliards
TB
17.7 milliards
15.0 milliards
Paludisme
13.7 milliards
14.0 milliards
Total
97.5 milliards
87.0 milliards
 
*  Les estimations pour 2014-2016 ont été faites en 2013.
 
Tableau 4: Comparaison des besoins financiers estimés, 2017-2019 vs. 2014-2016: par source de financement ($)
 
Source
5ème reconstitution
2017-2019 *
4ème reconstitution
2014-2016 *
$
%
$
%
Domestic investments
41.0 milliards
42%
37.0 milliards
43%
Global Fund
13.0 milliards
13%
15.0 milliards
17%
Other Donors
24.0 milliards
25%
24.0 milliards
28%
Funding gap
19.5 milliards
20%
11.0 milliards
13%
Total
97.5 milliards
100%
87.0 milliards
100%
 
*  Les estimations pour 2014-2016 ont été faites en 2013. Voir les explications sur la part des autres donateurs pour 2017-2019 dans la note du Tableau 2.
 
Le déficit financier est passé de 11 milliards de dollars pour la période 2014-2016 à 19,5 milliards pour 2017-2019.
 
Cependant, les responsables du Fonds mondial appellent à la prudence dans cette comparaison, car une méthodologie beaucoup plus rigoureuse a été employée pour les estimations de 2017-2019.
 
Analyse
Il faut cependant se poser des questions sur cette décision d’établir un objectif moins élevé de 2 milliards de dollars par rapport à la 4ème reconstitution. Pourquoi le Fonds baisserait-il ses ambitions à un moment où les besoins se font plus pressants ? Même si l’objectif de 13 milliards pour 2017-2019 était atteint, cela laisserait un déficit de 19,5 milliards.
 
Etant donné le contexte politique et économique et les demandes concurrentielles pour l’aide au développement, l’objectif de 13 milliards est sans doute plus réaliste et plus facile à atteindre. Lorsque le Fonds mondial avait échoué à atteindre la somme de 15 milliards de dollars (12 avaient été atteints), cela n’avait pas contribué à redorer son image.
 
Le Fonds mondial peut argumenter que l’augmentation rapide de l’investissement domestique dans les trois maladies et dans les systèmes de santé rend le financement extérieur y compris du Fonds mondial moins urgent.
 
Enfin, 13 milliards de dollars représente 1 milliard de plus (soit une augmentation de 8%) que ce qui avait été obtenu lors de la dernière reconstitution des ressources. Pour les pays dont le taux de change a baissé par rapport au dollar, l’augmentation sera autour de 20%.
 
On peut également se demander si la somme de 97,5 milliards de dollars reflète les besoins réels.
 
L’estimation des besoins pour le VIH est de 66,1 milliards de dollars. Il y a eu plusieurs développements ces trois dernières années, y compris la stratégie 90-90-90 – d’ici 2020, 90% des personnes vivant avec le VIH connaîtront leur statut, 90% de ces personnes diagnostiquées seront sous traitement et 90% de ces personnes sous traitement viendront à bout du virus – ainsi que de nouvelles directives de traitement qui vont peser sur le budget de la lutte contre le VIH. Ces coûts additionnels ont-ils été inclus dans les besoins estimés ? Les responsables du Fonds mondial affirment que oui.   
 
Pour la tuberculose, il est important de noter que les besoins de financement sont basés sur un scénario d’investissement type détaillé dans le Plan mondial halte à la TB, qui stipule que les cibles de soins 90-(90)-90, seront atteintes en 2025, contrairement à une stratégie accélérée, également détaillée dans le plan mondial qui stipule que les cibles doivent être atteintes en 2020. (Dans la lutte contre la TB, 90-(90)-90 signifie 90% des personnes diagnostiquées mises sous traitement ; 90% des populations clés atteintes et 90% de toutes les personnes diagnostiquées soignées avec succès).
 
Concernant le paludisme, le dossier d’investissement note que les coûts de mise en œuvre de la Stratégie technique mondiale contre le paludisme pourraient avoir été sous-estimés car ils n’incluent pas de nouveaux outils plus chers mais essentiels pour lutter contre l’émergence et la propagation de la résistance aux médicaments et à l’insecticide.
 
De plus, les plans mondiaux pour les trois maladies comprennent aussi des investissements dans les systèmes de santé, ce qui pose la question de savoir si les coûts de renforcement des systèmes de santé ont été pris en compte de manière adéquate dans les estimations des besoins.
 

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