Le Fonds mondial exprime sa « profonde inquiétude » à propos de la nouvelle loi homophobe de l'Ouganda

4 Mar 2014
‘Graves’ conséquences pour la santé publique - augmentation probable de la transmission

Le Fonds mondial exprime sa « profonde inquiétude » à propos d'une loi promulguée par le président ougandais Yoweri Museveni qui prévoit une peine allant jusqu'à sept ans de prison contre toute personne coupable « de soutenir ou d'encourager » les relations homosexuelles, ce qui pourrait s'appliquer aux travailleurs de la santé qui fournissent des services et des conseils aux personnes vivant avec le VIH.

Dans un communiqué publié le 24 février, le Fonds mondial dénonce cette nouvelle loi en raison de ses « peines très sévères contre les homosexuels » et ses « graves conséquences pour la santé publique ».

Selon les chiffres de l’ONUSIDA, l’Ouganda compte 1,5 millions de séropositifs dans une population d'environ 35 millions d'habitants. À 13 %, la prévalence du VIH parmi les hommes ayant des rapports homosexuels est presque le double du taux national de 7,3 %. Ces données concordent avec les estimations mondiales selon lesquelles les hommes ayant des rapports homosexuels sont près de 13 fois plus exposés à une infection à VIH que la population générale.

La crainte de répercussions juridiques telles que l'incarcération ou la peur d’être agressés physiquement empêcheront probablement de nombreux hommes de rechercher des soins et des services en Ouganda. Ces craintes sont fondées sur des études selon lesquelles les groupes persécutés et victimes de discrimination sont moins portés à faire appel aux services de dépistage, de prévention et de traitement, s'exposant ainsi encore davantage à l'infection et au décès liés au VIH, ainsi qu’à une plus forte probabilité qu'ils transmettent le virus.

«La législation rétrograde qui vient d'être promulguée en Ouganda est la face visible de l'iceberg que sont les attitudes homophobes en cours dans un certain nombre de pays africains. Elle me rappelle le négationnisme incongru que nous avons observé en Afrique du Sud en 2000», déclare Alan Whiteside, président du Centre pour l'innovation dans la gouvernance internationale en politique de santé mondiale à la Balsillie School of International Affairs et à l'Université Wilfrid Laurier. «Elle coûtera des vies humaines et retardera la lutte contre le VIH. Ce préjugé aveugle est incompréhensible ; manque de leadership; recul de la santé publique et intolérance. Les dirigeants africains éclairés et les bailleurs de fonds doivent prendre position.»

Dans sa déclaration, le Fonds mondial exhorte l'Ouganda, entre autres gouvernements, à «protéger les droits humains des lesbiennes, des homosexuels, des bisexuels et des transgenres. Nous soutenons la dépénalisation des relations consentantes entre adultes du même sexe, l'application des lois visant la protection contre la violence et la discrimination, la promotion des campagnes de lutte contre l'homophobie et la transphobie et les efforts visant à garantir des services de santé adaptés pour tous».

L'Ouganda est le deuxième pays africain bénéficiant des subventions du Fonds mondial contre le VIH à promulguer une loi homophobe ces dernières semaines. Il rejoint ainsi le Nigeria dans les rangs de plus de 30 pays du continent qui condamnent actuellement le comportement homosexuel par des sanctions pénales sévères et discriminatoires.

Le Ministre de la Santé ougandais Ruhakana Rugunda a déclaré à la BBC le 26 février que tous les Ougandais continueront «en toute liberté à recevoir un traitement complet et à révéler tous les renseignements à leurs médecins et infirmiers», même dans le cadre de cette nouvelle loi, soulignant que l'orientation sexuelle ne sera pas un facteur en matière d'accès aux services.

Mais les activistes ougandais affirment le contraire. La clinique privée Ice Breakers qui soignait exclusivement une clientèle homosexuelle dans la capitale Kampala a suspendu ses activités par crainte de répercussions juridiques ou d'attaques par des groupes attisés par la nouvelle loi.

Le choc provoqué par l'adoption de cette loi après le véto de Museveni contre plusieurs tentatives précédentes a également retenti au Fonds mondial même. Un membre ougandais de la délégation des ONG des pays en développement au Conseil d'administration a vu sa qualité de membre révoquée le 26 février après la publication de courriels, contenant des insultes homophobes, échangés avec d'autres membres de la délégation.

Dr Patrobas Mufubenga, un expert en matière de paludisme travaillant avec le réseau des ONG de lutte contre le paludisme et les maladies de l'enfance (MACIS), siégeait à la délégation depuis mai 2013. Selon un communiqué de la délégation, ce n'est que récemment que les autres membres « se sont rendu compte que son point de vue sur l'homosexualité, le VIH et le sida était en conflit avec celui de la [d]élégation et la position du Fonds mondial sur les droits de l'homme ».  

En prenant sa décision de suspendre Mufubenga immédiatement, la délégation a déclaré qu'elle « rejet[ait] et dénonç[ait] ses sentiments sans réserve » et que le processus de candidature et d'interview pour le remplacer fera en sorte qu'une telle situation ne se reproduise à l’avenir.

*Voir l’article original en anglais. See the original article in English.

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