Le défi de l'intégration des programmes tuberculose et VIH dans les pays durement touchés

3. NEWS
18 Feb 2014
Comment conjuguer ces deux programmes malgré les difficultés

À compter de 2014, le Fonds mondial demandera à quarante-et-un pays de soumettre des notes conceptuelles conjointes tuberculose-VIH dans le cadre du nouveau modèle de financement, ce que les experts des deux domaines estiment non seulement nécessaire et bénéfique, mais également difficile à mettre en œuvre.

La décision prise par le Fonds mondial de demander aux pays à fort taux de co-infection tuberculose/VIH de soumettre des notes conceptuelles conjointes a été annoncée en octobre dernier (consulter l'article - en anglais). Elle se faisait l'écho du sentiment selon lequel des programmes distincts de lutte contre la tuberculose et le VIH dans les pays à fort taux de co-infection gaspillaient des ressources précieuses. La plupart de ces pays se trouvent en Afrique subsaharienne, signe de l'impact de la co-infection sur le continent. En 2012, cette région a enregistré la plupart des 1,1 million environ de nouveaux cas de tuberculose parmi les personnes vivant avec le VIH.

Des statistiques inquiétantes à l'échelle mondiale soulignent également la nécessité d'une approche plus intégrée de la lutte contre ces deux maladies. Au moins un tiers des 35,3 millions de personnes vivant avec le VIH dans le monde sont infectées par la ‘tuberculose latente’ (les personnes infectées n’ont pas encore développé la maladie et ne peuvent donc pas la transmettre). Elles sont 20 fois plus susceptibles de développer une tuberculose active que les séronégatifs, et plus susceptibles d’en mourir que de toute autre maladie liée au VIH.

« La riposte de la santé publique au VIH et à la tuberculose dans les pays durement touchés doit être pleinement intégrée. Entretenir des programmes parallèles de lutte contre le VIH et la tuberculose n'est pas une option », déclare Luiz Loures, directeur exécutif adjoint des programmes à l'ONUSIDA. « En encourageant et en facilitant des ripostes conjointes au VIH et à la tuberculose, il est possible de changer la donne. »

Selon les experts, l'intégration sera bénéfique, car elle se traduira par une réduction de la morbidité et de la mortalité, l'amélioration des résultats de la santé et des soins fournis aux patients co-infectés. En outre, l'intégration devrait générer de meilleures données épidémiologiques.

Les économies réalisées pourront être réinvesties pour soutenir le travail de deux groupes de chercheurs, les défenseurs des droits à la santé et les spécialistes des maladies qui auraient probablement beaucoup à apprendre les uns des autres.

« Des difficultés ne manqueront certainement pas, mais il faut aller de l’avant », déclare Lucica Ditiu, Secrétaire exécutif du Partenariat Halte à la tuberculose, joint au téléphone par Aidspan. « Un facteur essentiel consistera à susciter l'adhésion des responsables des programmes de lutte contre la tuberculose et le VIH à cette idée. Ils doivent comprendre à quel point cette approche est importante. »

L'un des défis à relever est, selon les experts, le fait que ces programmes évoluent en vases clos. Dans le panthéon des programmes mondiaux de la santé et des priorités de financement, le VIH a un profil plus élevé. Cette différenciation entraînera de manière naturelle, mais évitable, des guerres intestines à surmonter non seulement par la mise en évidence des bienfaits des programmes conjoints par la recherche mais aussi un engagement profond et constant à mieux collaborer.

« Ce processus conjoint d’élaboration de note conceptuelle sera utile aux pays à long terme. Il aidera les équipes qui fonctionnent de manière cloisonnée à communiquer entre elles, probablement de manière agitée et abrupte au départ, mais donnera lieu à de nombreuses économies d'échelle et synergies», selon Ellen Mitchell de la fondation de la tuberculose KNCV basée aux Pays-Bas.

Des luttes naîtront probablement à propos de l'allocation des ressources; un scénario éventuel consistera à accorder une importance excessive aux populations exposées à un risque élevé de co-infection au détriment de groupes plus larges exposés seulement à la tuberculose.

L'intégration nécessitera un cadre de suivi et d'évaluation robuste qui ne se contentera pas d'associer les indicateurs du VIH et de la tuberculose, préviennent les experts.

Enfin, les experts relèvent que les fournisseurs d'assistance technique peuvent eux-mêmes avoir besoin d’être formés pour apporter une assistance adaptée, opportune et pertinente pour les notes conceptuelles conjointes tuberculose/VIH.

Loures affirme que l'ONUSIDA collaborera avec d'autres partenaires pour organiser des ateliers régionaux rassemblant les parties concernées en sessions de stratégie sur la meilleure façon d'intégrer les ripostes conjointes tuberculose/VIH.

La pleine participation de la société civile dans l'élaboration de ces notes conceptuelles intégrées est essentielle, ajoute-t-il. « Je considère le dialogue national comme la pièce maîtresse de la promotion et de la facilitation d'une collaboration beaucoup plus étroite entre les acteurs de la lutte contre le VIH et ceux de la lutte contre tuberculose, mais également comme une plate-forme d'échanges réels avec la société civile. »

Selon Ditiu, le comité VIH et le comité tuberculose du Fonds mondial ont créé un groupe de travail qui se réunit chaque semaine pour élaborer les stratégies propres au Fonds afin d'encourager l'intégration tuberculose/VIH dans les pays à fort taux de co-infection. Ce groupe de travail a élaboré une note conceptuelle et préparera prochainement une note d'information.

« Il sera plus facile de développer des notes conceptuelles conjointes que de mettre en œuvre des initiatives conjointes », affirme-t-elle, « mais n'en va-t-il pas de même des propositions du Fonds mondial en général ? »

Une foire aux questions du Fonds mondial sur les notes conceptuelles conjointes tuberculose/VIH est disponible ici.

*Voir l’article original en anglais. See the original article in English.

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