En Côte d’Ivoire, 2 millions de doses de médicament antituberculeux détournées sur les marchés locaux

19 Apr 2016
Une campagne de sensibilisation a lieu sur les radios pour sensibiliser la population

En Côte d’Ivoire, la Nouvelle Pharmacie de la Santé Publique (NPSP), l’entité de chargée de recevoir, stocker et distribuer les médicaments, ainsi qu’un récipiendaire principal, le Programme National de Lutte contre la Tuberculose (PNLT) sont à l’origine d’un vaste détournement de médicaments antituberculeux de première ligne financés par le Fonds mondial.

C’est la conclusion d’une enquête du Bureau de l’Inspecteur général dont le rapport vient d’être publié. Le BIG précise toutefois que ces détournements n’ont pas abouti à des interruptions de traitement.

Depuis 2004, le Fonds mondial a dépensé 336 millions de dollars dans le pays.

L’alerte a été donnée par le Secrétariat à la suite de vérifications ponctuelles de routine montrant que le RHZE, traitement de référence contre la tuberculose, était en vente illégalement sur les marchés locaux dans le pays. Le médicament, vendu le double de son prix, était décrit comme pouvant guérir de toutes les maladies.

A travers des études de marché, l’enquête a également identifié un flux transfrontalier: des boîtes de RHZE livrées à d’autres pays en Afrique de l’Ouest grâce à des financements du Fonds mondial et d’autres partenaires de développement et atterrissant sur les étals des marchés ivoiriens.

Deux millions de doses détournées

D’après le BIG, la Nouvelle Pharmacie est incapable de justifier la disparition de deux millions de doses d’une valeur de 148 544 dollars. Ces doses provenant des réserves d’urgence représentent quatre mois d’approvisionnement au niveau national.

Entre janvier 2014 et juin 2015, le PNLT a reçu 9% des doses distribuées dans tout le pays, peut-on lire dans le rapport. Selon le PNLT, détenir son propre stock visait à empêcher les interruptions de traitement à cause des délais incompressibles de commande et livraison du NPSP.

Cependant, durant ses visites, l’équipe du BIG a noté d’une part que les réserves de RHZE étaient stockées en petites quantités, sans ordre apparent et n’étaient pas incluses dans l’inventaire, mais également que le PLNT était situé tout près d’un des marchés locaux où ont justement lieu les ventes illégales du médicament.  

Toujours selon le BIG, le PLNT a continué à commander un nombre de doses bien plus élevé que ses besoins réels. En 2015, le PNLT a fait passer sa réserve cible de 2,5 à 4,5 millions de doses.

Le rapport conclut que les dépenses non justifiées se montent à 155 605 dollars.

Campagne » I speak out now »

Parmi les causes de ce détournement massif d’antituberculeux, le BIG cite principalement une mauvaise gestion des stocks et de la chaîne d’approvisionnement de la part de la Nouvelle Pharmacie et du PNLT.

La Côte d’Ivoire est l’un des trois pays pilote de la campagne « I Speak out now » lancée par le BIG en mars 2016 dans le but de sensibiliser et informer les lanceurs d’alerte sur les fraudes et irrégularités commises dans le cadre des programmes financés par le Fonds mondial (voir notre article dans l’OFM).

L’un des aspects de cette campagne dans le pays consiste à diffuser des annonces à la radion pour sensibiliser la population sur les dangers de la prise du RHZE sans ordonnance médicale.

Les mesures

Lorsque le détournement a été porté à la connaissance du ministère de la Santé en août 2015, celui-ci a immédiatement ordonné au PNLT d’arrêter de recevoir et distribuer du RHZE dans les centres de soin.

Il a également exigé du récipiendaire principal de fournir un plan opérationnel pour 2016-2017 pour l’achat de médicaments avec des quantités et un calendrier précis. Un comité multisectoriel a été mis en place pour la gestion des stocks. Enfin, des inventaires réguliers entre la Nouvelle Pharmacie et le PNLT doivent désormais être effectués avec des membres de l’ICN présents comme observateurs.

Parmi les mesures prises du côté du Fonds mondial, le Secrétariat travaille avec plusieurs parties prenantes du pays et des partenaires de développement pour intégrer un module sur les stocks dans le logiciel d’information sanitaire utilisé au niveau des districts dans le pays.

Le Secrétariat va également déterminer le montant des dépenses non justifiées à recouvrir et tout faire pour obtenir ce recouvrement.

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