Difficultés du programme palu au Soudan du Sud : les responsables se renvoient la balle

2. NEWS
18 Feb 2014
Les responsables de la Santé du jeune pays citent des problèmes de coordination et de manque de flexibilité.

Ils continuent à arriver par centaines chaque matin par bateau. Sur la rive du Nil Blanc, les personnes venues de Bor, disputée entre l'opposition et l'armée pro gouvernementale jusqu'à la mi-janvier, cherchent refuge à Minkammen. Lith a neuf enfants à sa charge et dans leur fuite, ils n'ont rien pu emporter avec eux, abandonnant moustiquaires, vêtements et couvertures. Leur marche vers le fleuve a duré plusieurs jours, où ils ont dormi à la belle étoile dans des zones marécageuses, à la merci des moustiques. Elle craint que l'un d'entre eux ne déclenche un paludisme. En arrivant ici, ces milliers de familles n'ont d'autre solution que de trouver un arbre sous lequel s'installer qui pourra leur offrir un peu d'ombre pendant la journée. Si le Comité International de la Croix Rouge distribue de l'aide non alimentaire, dont des moustiquaires, les nouveaux arrivants ne sont pas enregistrés et l'afflux est tel que les besoins sont loin d'être couverts. Une moustiquaire protège souvent plus de quatre personnes (le taux universel est d'une moustiquaire pour deux).

Dans les camps de la mission de l'ONU à Juba, un nombre anormalement élevé de cas est rapporté. Sur les 30 000 déplacés de la capitale, environ 300 sont touchés chaque semaine et la maladie est la première cause de mortalité, alors qu'habituellement, au mois de janvier, période de saison sèche, on constate toujours une baisse des cas répertoriés.

Harriet Akello Pasquale, chef de programme paludisme au ministère de la Santé estime qu'il faudrait en faire plus: “nous ne sommes pas du tout préparés pour faire face à l'urgence. C'est maintenant qu'il faudrait agir. Mais, nous n'avons pas de financement pour effectuer des évaluations, les partenaires comme le récipiendaire principal (Population Services International, ou PSI ndlr) ont été évacués du pays, ce qui paralyse toute décision. Et à distance, il y a peu de communication. Le système n'est pas assez flexible”.

“Nous ne procédons pas à des évaluations dans les camps de déplacés car ce n'est pas dans notre cahier des charges, explique Farhana Zuberi, chef du projet paludisme pour PSI. C'est la responsabilité des acteurs humanitaires et le Haut Commissariat des Nations unies pour les  réfugiés de le faire. Mais s'il y a un besoin de rediriger des réserves disponibles, nous réfléchissons à un moyen de le faire”.

Urgence et paralysie

Autre problème, la question des réserves dans les entrepôts. Beaucoup de routes ne sont pas sûres en raison des combats entre l'armée progouvernementale et la rébellion, ce qui paralyse l'approvisionnement. “Je ne cesse de recevoir des requêtes de centres de santé à travers le pays: Nasir (dans le Haut-Nil), ou encore l’Equateur central et occidental, sont totalement vides”, affirme Harriet Pasquale. Or, c'est justement dans la région de l'Equateur que le taux de prévalence est le plus élevé (40%).

Le sentiment d'urgence est d'autant plus fort qu'une large campagne de distribution, conduite avec un certain succès étant donné les défis logistiques et sécuritaires, était en train de se conclure. En 2013, 3, 7 millions de moustiquaires avaient été distribuées dans sept Etats sur dix. La seule exception notable: à Jonglei où les affrontements réguliers entre milices Lou Nuer et Murle, ont empêché la distribution dans plusieurs comtés, dont Pibor, Pochalla et Akobo. Il ne restait plus que l'Etat d'Unité à couvrir. La campagne devait débuter en janvier, mais la guerre a éclaté. “349 000 ont été commandées et sont prêtes à être affrétées au Soudan du Sud, mais étant donné la situation sécuritaire, la distribution est en suspens tant qu'un plan de déploiement n'a pas été défini par le programme de contrôle du paludisme qui dépend du ministère de la Santé ”, précise Daun Fest, directrice régionale adjointe de PSI pour l'Afrique de l'Est.

Cette large distribution aurait cependant dû avoir lieu en 2012 car les moustiquaires imprégnées sont censées être remplacées tous les trois ans. “Nous avons perdu un an”, dit Harriet Akello Pasquale du ministère de la Santé. Marion Gleixner, responsable du Soudan du Sud pour le Fonds mondial explique ce phénomène par les délais de production des moustiquaires. “Il y a un nombre limité de fabricants agrémentés par l'Organisation mondiale de la Santé, ce qui ralentit le processus. Le Fonds mondial a annoncé, le 5 novembre dernier, les grandes lignes d'un nouveau cadre pour rationaliser la livraison des moustiquaires et autres produits. L'objectif est d'organiser systématiquement des achats en grande quantité. Cela réduira le prix d'achat de base et empêchera les engorgements”

* Lire l'article en anglais. Read the article in English.

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