Au Malawi, la société civile joue des coudes pour prendre part au processus décisionnel sur le VIH

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14 Oct 2014
La participation au dialogue national est une première étape vers la levée de nombreux obstacles

Les obstacles structurels qui empêchent les populations clés d’accéder aux services mineront la capacité du Malawi à contrôler la propagation du VIH : tel est le message lancé aux participants au dialogue national dans le but de préparer la note conceptuelle sur le VIH de ce pays d’Afrique australe. 

Le Malawi est l’un des candidats ciblés prioritairement par le Fonds mondial dans le cadre du nouveau modèle de financement afin de diriger la plus large part de ses ressources financières vers les pays les plus durement touchés par la maladie. Doté d’une enveloppe de 475 millions US$ alloués jusqu’en 2017, le pays continuera de fournir chaque année des traitements antirétroviraux à quelque 420 000 personnes tout en soutenant les programmes de prévention, de traitement et de soins en faveur des autres. 

La société civile tient à s’assurer que ces « autres personnes » issues de toutes les populations, notamment les populations clés comme les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), les travailleuses du sexe et les travailleurs des mines, bénéficieront de services et de programmes d’activités spécialement adaptés à leurs besoins particuliers.

Pour l’heure, le premier obstacle à surmonter est de faire en sorte que les représentants des populations clés soient bien présents lors des discussions concernant l’élaboration des politiques et la prise de décisions. 

« Nous avons pu constater une participation accrue des populations clés au processus d’élaboration de notre plan stratégique national de lutte contre le VIH », déclare Gift Trapence, Directeur exécutif du Centre pour le développement des peuples (CEDEP) et un membre nouvellement élu de l’instance de coordination nationale. 

Mais les progrès accomplis sur le plan stratégique n’ont pas été accompagnés d’avancées équivalentes sur le front de la législation. 
Les mesures législatives réprimant la sodomie demeurent en vigueur au Malawi : l’un des 34 pays d’Afrique subsaharienne à continuer de faire appliquer la législation anti-gay. En poursuivant activement la mise en vigueur de ces lois, le pays met en péril les progrès qui ont été réalisés dans la lutte contre le VIH, selon M. Trapence. En marginalisant les homosexuels, ces lois contribuent finalement à propager l’épidémie, et non à l’endiguer. 

« Les lois renforcent la discrimination et la stigmatisation », indiqueé Trapence à Aidspan. « Certains agents de santé croient qu’ils ne peuvent tolérer quelque chose d’illégal – et cela affecte également les prestataires de services comme la distribution de préservatifs et de lubrifiants. Il convient d’harmoniser les politiques et les lois qui se contredisent ». 

Le Malawi est également confronté au problème des données, notamment le manque de données ventilées par sexe au niveau de la population. Selon Trapence, les données recueillies ne prennent pas en compte les HSH, les personnes transgenres ou les travailleuses du sexe, ce qui signifie qu’aucune estimation précise de la taille de la population n’est disponible. Le plan stratégique national n’a pas permis de renforcer les interventions en faveur des populations clés ; ceux qui s’y opposent estiment que leur taille insuffisante ne mérite pas une attention particulière. 

Selon Trapence, l’appel du Fonds mondial à recueillir des données ventilées intervient à un moment crucial pour le Malawi, qui commence à développer ses propres indicateurs de santé, basés sur un échantillon représentatif à l’échelon national. Ces données constitueront la base du plan stratégique national et permettront d’élaborer la note conceptuelle sur le VIH. 

« Nous pouvons disposer d’indicateurs pour les populations clés qui seront présentés chaque année ; nous avons à présent besoin de programmes pour les sensibiliser », indique-t-il, y compris des activités de prévention qui répondent aux droits des populations clés et aux obstacles structurels qui les empêchent d’accéder aux services. 

« Nous ne pouvons nous inscrire dans la vision des « trois zéros » (zéro décès, zéro nouvelle infection et zéro discrimination) si nous excluons les groupes ayant des taux élevés de séroprévalence », a-t-il dit. « Nous devons soutenir les interventions ciblant les populations clés dans les notes conceptuelles qui seront soumises ».  

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