« Une société civile engagée dans la gestion des subventions du Fonds Mondial pour la participation inclusive des populations clés »

7. ANALYSE
13 Sep 2019

Les subventions en cours au Burundi ont débuté le 1er janvier 2018, après la validation d’une requête de financement soumise sous le modèle de reconduction, en mars 2017.

Au moment où le gouvernement prenait la conduite du processus de développement de la requête de financement, les structures associatives communautaires ont, quant à elles, anticipé pour s’assurer que toutes les parties prenantes bénéficiaires des subventions étaient prises en compte, plus particulièrement les groupes vulnérables tels que les jeunes et les adolescents, ainsi que les groupes de populations clés, en vue de l’accès aux soins pour tous.

L’organisation d’ateliers de consultation avec les associations de populations clés

C’est dans ce cadre que différentes organisations de la société civile burundaise (ANSS, SWAA, ABS, Service Yezu Mwiza, BAPUD, Nouvelle Espérance,…) œuvrant dans la lutte contre le sida en prévention et en traitement, ont pris l’initiative d’organiser des ateliers de consultation en amont de la rédaction de la note de reconduction, avec les groupes les plus marginalisés. Ces organisations sont allées même plus loin, en impliquant une catégorie qui n’était pas bénéficiaire des subventions du FM mais qu’elles jugeaient en croissance et en danger face à la pandémie du VIH/Sida : il s’agit de la catégorie des usagers de drogue.

Ce processus a connu la participation directe des groupes des usagers de drogue (UD), des adolescents et jeunes (y compris ceux vivant avec la maladie ou ayant été affectés par elle), des hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes (HSH) et des travailleuses de sexe (TS). Aux côtés des bénéficiaires des subventions s’est ajouté le personnel des associations de mise en œuvre en charge de la fourniture des services à ces groupes, ainsi que le personnel du sous récipiendaire communautaire de la subvention (Croix Rouge du Burundi – CRB).

Au sein de chaque catégorie, les bénéficiaires, les leaders communautaires (pairs éducateurs) ont été ciblés, tout en considérant la couverture géographique nationale, afin de garantir la plus grande représentativité. En effet, l’objectif visé était de faire participer les différentes parties prenantes dans l’élaboration de la note conceptuelle à travers une représentation large des bénéficiaires, pour traduire les priorités réelles de ces groupes.

Après avoir identifié les défis et les obstacles, les participants ont défini les propositions pour parer à ces derniers. D’un côté, cette identification concernait la vie quotidienne et d’un autre, elle concernait les domaines d’intervention du VIH à prioriser. Le classement par ordre de priorité a permis aux participants d’exprimer les domaines dont les défis pèsent lourdement sur la vie des groupes spécifiques. En ce qui concerne la vie quotidienne, il s’agit plus des aspects de discrimination qui ont permis de lister les activités prioritaires en termes de droits humains. 

En effet, l’analyse des résultats de ces dialogues a montré que le poids de la discrimination et de la stigmatisation sociales pèse plus pour les TS et les HSH, affectant par conséquent leur accès aux services de prévention et de prise en charge du VIH, alors que les études démontrent que ces groupes constituent une grande source de nouvelles infections. 

Concernant les UD, le constat des participants a indiqué que les interventions structurées en faveur de ce groupe n’en étaient encore qu’à leur début. Les réactions sociales à leur égard ne sont pas tendres, bien que moins intenses que pour les 2 groupes précédents. L’information à l’endroit des communautés UD est au stade embryonnaire et la formation des prestataires très limitée. Pour ce groupe, le risque d’infection au VIH est pourtant aussi important que celui de la transmission des hépatites et de la tuberculose à travers l’échange des seringues.

Concernant le groupe des jeunes, les domaines liés à la prévention constituent la grande priorité, du fait qu’ils sont dans la tranche d’âge de vie sexuelle intense et dans un cadre social où l’éducation sexuelle n’est encore monnaie courante. Les débats sur le besoin d’informations relevé par les jeunes se sont focalisés sur la nécessité de leur offrir des connaissances leur permettant de comprendre le fonctionnement de leur corps, car la transmission sexuelle demeure le principal mode de transmission du VIH et d’autres infections sexuellement transmissibles.

 

L’apport de la société civile entériné par le PNLS et intégré à la requête de financement

Le rapport final de ces consultations a été transmis au Programme National de Lutte contre le Sida (PNLS) pour faire partie intégrante de la note conceptuelle soumise au FM via l’Instance de Coordination Nationales (ICN) des subventions du FM pour la lutte contre les 3 pandémies ; et son contenu a pu éclairer la planification des paquets de services à offrir aux groupes ciblés dans le processus du dialogue, tel qu’exprimé par les personnes concernées.

Les grands résultats d’un tel dialogue sont :

·         La reconnaissance des résultats de ces dialogues au travers de son rapport, considéré comme un document national annexé à la note conceptuelle 2018-2020 ;

·         L’assurance d’une participation inclusive qui définit les priorités réelles par les personnes concernées et garantit la qualité de la NC ;

·         L’inclusion de la catégorie des usagers de drogue dans les cibles des subventions du FM du cycle 2018-2020 au Burundi résulte de ce processus ;

·         La combinaison des bénéficiaires, acteurs de mise en œuvre et gestionnaire (sous-récipiendaire) dans le processus a permis un montage de programme harmonieux aux différents niveaux d’intervention dès le démarrage de la subvention, sans devoir recourir à des demandes de reprogrammation ;

·         Le leadership de la société civile en ce qui concerne les activités communautaires renforce leur crédibilité, leur appropriation du programme et témoigne de leur maturité ;

·         L’engagement spontané de la société civile renforce sa collaboration avec le Ministère de la Santé Publique et de la Lutte contre le Sida (MSPLS), en vue de leur complémentarité dans la lutte pour l’éradication des 3 maladies.


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