Questions-réponses avec M. Ade Fakoya, coordonnateur principal de la lutte contre le VIH/sida du Fonds mondial

3. INTERVIEW
19 Feb 2019
Sur la prévention, l’explosion démographique et les partenariats

Ceci est le troisième d’une série d’entretiens avec les coordonnateurs principaux de la lutte contre les maladies du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Dans ce questions-réponses, les Amis se sont entretenus avec M. Ade Fakoya, coordonnateur principal de la lutte contre le VIH/sida, sur les opportunités de lutte contre le sida couvertes dans le rapport des Amis du Fonds intitulé « At the Tipping Point: U.S. Leadership to End AIDS, Tuberculosis and Malaria ».

Amis : M. Fakoya, pouvez-vous nous donner votre point de vue sur les domaines dans lesquels vous pensez que le Fonds mondial excelle particulièrement, et les facteurs spécifiques qui, selon vous, soit contribuent à ces réussites, soit pourraient être améliorés pour renforcer les programmes du Fonds mondial de manière générale ?

M. Fakoya : De manière générale, nous avons enregistré d’excellents résultats en matière de traitement et de prévention de la transmission de la mère à l’enfant. Il reste cependant du travail à accomplir en ce qui concerne la prévention parmi les populations hautement vulnérables et les jeunes, notamment les adolescentes et les jeunes femmes dans les pays d’Afrique orientale et australe. Dans ces pays, les nouvelles infections peuvent être jusqu’à dix fois plus nombreuses chez les jeunes femmes que chez leurs homologues masculins. Nous et d’autres avons déjà fait beaucoup pour combattre ce problème, mais il reste encore beaucoup de pain sur la planche. Il est crucial que nous adaptions les ripostes de manière à tenir compte de facteurs comme l’âge, le genre et le lieu géographique, pour chaque programme, si nous voulons répondre de manière satisfaisante à ces besoins.

Nous devons également nous attacher à améliorer la qualité et la mise en œuvre des programmes, tout particulièrement en mettant rapidement en œuvre des modèles innovants de prestation de services et en améliorant le coût de gestion des programmes. Cela requiert une meilleure compréhension de ce que coûte la mise en œuvre des programmes, par rapport à ce que nous payons actuellement pour ces programmes. Je mentionne cela car nous travaillons actuellement avec le PEPFAR, la Fondation Gates, l’ONUSIDA et d’autres pour aligner nos catégories d’investissement et étudier les meilleures manières de véritablement optimiser nos contributions.

Les pays qui enregistrent les meilleurs résultats dans ces domaines sont généralement ceux qui ont une société civile puissante, un engagement politique ferme, des systèmes de santé et des financements nationaux solides. Les pays à la traîne sont faibles à ces égards et ont généralement des difficultés en termes d’organisation et de clarification de leurs données. Dans ce contexte, il peut s’avérer difficile de maintenir l’engagement politique et d’assurer la qualité des programmes nationaux.

Amis : Quelle est selon vous la gravité de la menace que représente l’évolution démographique en Afrique subsaharienne, où la proportion de jeunes a connu une croissance spectaculaire, et comment le Fonds mondial fait-il face à cette situation ?

M. Fakoya : Premièrement, reconnaissons que la croissance démographique est due à un certain nombre de facteurs, et est dans l’ensemble une évolution positive. Les améliorations en termes de mortalité maternelle et infantile, ainsi que les contributions nationales et internationales au développement, sont autant de facteurs y contribuant. Au Fonds mondial, nous nous concentrons sur les nombreux aspects de la croissance démographique, ce qu’on appelle l’explosion démographique, en particulier au travers de notre travail sur la conception de programmes axés sur la jeunesse et les personnes et la priorisation des jeunes femmes et des filles dans les programmes. Ils sont une composante essentielle des populations en croissance en Afrique australe.

Selon les estimations, l’Afrique subsaharienne comptera trois fois plus de moins de 35 ans dans vingt ans, nous devrons donc travailler trois fois plus dur pour maintenir les avancées au même niveau. Pour faire face à ce défi, nous devons différencier notre riposte. En termes plus simples, cela veut dire que nous faisons ce qui est nécessaire là où le besoin s’en fait sentir, et que nous n’adoptons pas une manière de travailler universelle, car c’est inefficace et ça ne permet pas d’obtenir un maximum d’impact.

À l’avenir, nous devrons nous appuyer davantage sur les jeunes. Cela suppose de continuer à les faire participer pleinement à tous les aspects de la riposte et de leur donner les moyens et la responsabilité de leurs propres résultats de santé.

Amis : L’OMS et d’autres partenaires font pression pour élargir les systèmes de santé plus solides comme moyen de mieux traiter des maladies spécifiques. Que pensez-vous des discussions de plus en plus nombreuses qui comparent les programmes axés sur les maladies aux interventions orientées sur les systèmes ?

M. Fakoya : Je pense que le Fonds mondial est indéniablement au cœur de cette pression et reconnaît la fausse dichotomie qui oppose les systèmes aux démarches directement axées sur les maladies. On ne peut pas obtenir de bons résultats de santé dans le cadre de maladies données sans systèmes de santé robustes, un point c’est tout. Je crois comprendre que la communauté du VIH reconnaît la nécessité de s’attaquer aux systèmes de santé plus larges et accepte ces appels à adopter des démarches de soins de santé plus complètes comme une opportunité et non une menace. Le récent article de la Commission Lancet sur le VIH et la santé mondiale l’illustre très bien.

D’un autre côté, certains professionnels de santé spécialisés dans le VIH craignent que cibler une question aussi vaste et complexe que le renforcement des systèmes de santé écarte l’attention du problème spécifique du sida, affaiblissant notre impact dans ce domaine. Les systèmes de santé ont souvent du mal à prendre soin des populations vulnérables, c’est pourquoi nous devons maintenir une riposte adaptée dans le contexte général des soins de santé afin de marier les bénéfices des deux et de faire en sorte que personne ne soit laissé pour compte. Nous devons également nous attacher à assurer un impact mesurable, notamment en termes de vies sauvées, de réduction de l’incidence des nouvelles infections pour tous les groupes et d’accès amélioré.

Trouver l’équilibre entre les initiatives ciblées de lutte contre les maladies et la nécessité de développer les systèmes de santé de manière plus large n’est pas chose facile, mais je pense que nous en sommes capables, et en réalité dans le cadre du partenariat du Fonds mondial, nous faisons les deux. À titre d’exemple, 17,5 millions de personnes séropositives au VIH ont bénéficié d’un traitement antirétroviral en 2017 dans les pays soutenus par le Fonds mondial, et près de 700 000 mères ont reçu un traitement destiné à prévenir la transmission du virus à leur bébé. Il ressort également de l’analyse de nos portefeuilles que 27 pour cent du financement est actuellement consacré à appuyer les systèmes de santé. Bref, en tant que partenariat, il est possible de le faire.

Amis : Le partenariat a toujours été important dans le travail du Fonds mondial. Pouvez-vous nous en dire plus sur les rôles des différents partenaires du Fonds à l’heure actuelle et les opportunités pour de nouveaux acteurs à l’avenir ?

M. Fakoya : Un des domaines où le Fonds mondial excelle particulièrement à mes yeux est notre capacité à créer des partenariats utiles avec des organisations bilatérales et multilatérales comme l’OMS, l’ONUSIDA, l’UNICEF et le PEPFAR, ainsi que des fondations du secteur privé comme la Fondation Bill et Melinda Gates. En ce qui concerne le PEPFAR, nous travaillons en étroite collaboration pour nous assurer que nous tirons le meilleur parti de chaque dollar contribué. Par exemple, nous coordonnons nos demandes de financement de manière à ce que notre travail accorde la priorité à différents domaines.

À mesure que nous avançons, il sera crucial de trouver de nouveaux acteurs dans de nombreux domaines différents. Par exemple, rassembler des partenaires locaux, des contributeurs du secteur privé et des universitaires locaux contribuera à mettre en place une équipe plus forte capable de trouver des solutions originales aux problèmes, auxquelles nous n’avons peut-être pas encore pensé.

Ce questions-réponses est reproduit avec la permission des Amis de la lutte mondiale.

Pour plus d’information sur les opportunités pour les États-Unis et les partenaires de travailler en vue de mettre fin aux épidémies de sida, de tuberculose et de paludisme, voir le rapport Tipping Point des Amis de la lutte mondiale.

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